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Petit Prince, gros business.

31 juillet 2015 - DIVERTISSEMENT
Petit Prince, gros business.

Prince

Peluches, sets de table, pièces de théâtre, parc à thème… et maintenant un film d’animation : le Petit Prince est décliné à toute les sauces. Et cela rapporte gros aux héritiers d’Antoine de Saint-Exupéry.

guillemets_Gris30Né il y a 72 ans, le Petit Prince n’a pas pris une ride. Au-delà du livre culte, le personnage sorti de l’imagination d’Antoine de Saint-Exupéry est aussi devenu une véritable marque, avec son lot d’adaptations audiovisuelles et autres produits dérivés. Ce qui génère une véritable cash-machine…

guillemets_Gris30Il faut dire que l’œuvre de l’aviateur et écrivain est un phénomène planétaire. Le Petit Prince est tout simplement le livre le plus traduit dans le monde hors ouvrages religieux (au moins 260 langues). Il s’en est vendu environ 150 millions d’unités depuis sa création, dont 13 millions en France, selon des chiffres que nous a communiqués la société gérant la licence Le Petit Prince. Celle-ci estime que cela en fait le « livre français le plus vendu au monde ». Rien de moins.

Encore aujourd’hui, l’engouement ne se dément pas : en France, quelque 350.000 exemplaires seraient vendus chaque année par Gallimard. Dans le monde entier, il s’en écoulerait « plusieurs millions », toujours selon la même source.

guillemets_Gris30La marque Le Petit Prince a aussi été déclinée en de multiples produits dérivés. Cartes postales, bijoux, bodies pour bébés, figurines, fauteuils, boules à neige, couverts… au total, quelque 800 articles sont proposés rien qu’en France, et plus de 10.000 le seraient dans le monde. Et ils se vendent très bien : en 2014, la boutique officielle en ligne en a écoulé 60.000, et celle basée dans le 13ème arrondissement de Paris, 15.000.

Depuis peu, le Petit Prince possède même son propre parc à thèmes. Ouvert en juillet 2014 en Alsace, à Ungersheim, il a déjà accueilli quelque 140.000 visiteurs. Autant de fans qui se sont jetés sur les « goodies » : la boutique du parc en aurait vendu 80.000 en douze mois…

guillemets_Gris30Et c’est sans compter la foule d’adaptations inspirées de l’univers du Petit Prince : théâtre, opéra, bande dessinée, films et même série animée japonaise… l’œuvre de Saint-Ex a été remodelée à toutes les sauces. Le film d’animation réalisé par Mark Osborne (Kung Fu Panda), sorti ce mercredi au cinéma, s’inscrit dans la droite lignée de cette tendance. L’imposant budget alloué (60 millions d’euros) démontre bien la confiance des producteurs sur ses chances de succès à l’international…

guillemets_Gris30Tout ce business autour du Petit Prince fait les affaires des héritiers, à savoir la famille D’Agay, descendante de la sœur d’Antoine de Saint-Exupéry, et celle de José Martinez-Fructuoso, l’ancien secrétaire de l’épouse de l’aviateur. Certes, le livre est tombé dans le domaine public dans la plupart des pays depuis cette année, qui marque les 71 ans de la mort de Saint-Exupéry. Mais pas en France, où le statut de « mort pour la France » de l’aviateur a repoussé cette date à 2032. Ajoutons aussi que les ayants-droits conservent les pleins pouvoirs sur la marque déposée Le Petit Prince, grâce à laquelle ils prélèvent un pourcentage des ventes de produits sous licence partout dans le monde.

guillemets_Gris30A combien s’élève cette manne au total ? « En règle générale, les ayants droits touchent 10 à 15% sur les ventes de livres, et 5 à 10% sur celles de produits dérivés. Au final, les gains des héritiers doivent donc représenter, selon toute vraissemblance, au moins 1 à 2 millions d’euros par an pour les droits d’auteurs, et plusieurs centaines de milliers pour les produits dérivés », avance Emmanuel Pierrat, avocat parisien spécialiste du droit d’auteur et auteur de « Famille, je vous hais ! : les héritiers d’auteurs ». Et le film pourrait encore doper ces revenus. Certes, en théorie, les droits cinématographiques sont détenus par Paramount. « Mais les héritiers conservent un droit moral, qui leur permet de s’opposer à tout projet ne respectant pas l’intégrité de l’oeuvre. Or, dans ce genre de situation, tout se négocie. Il me paraît donc inconcevable qu’ils ne perçoivent pas, d’une façon ou d’une autre, 1 à 2% des recettes du film », parie Emmanuel Pierrat.

guillemets_Gris30De plus, un carton du long-métrage créerait un appel d’air pour l’ensemble de la marque « Le Petit Prince », en particulier ses produits dérivés. « Ce n’est pas une licence aussi puissante que Mickey ou Tintin, mais ça pourrait le devenir. Si c’est le cas, les recettes pourraient facilement être multipliées par 4 ou 5 », poursuit Emmanuel Pierrat. De quoi assurer encore quelques belles années aux héritiers…

***Thomas Le Bars

Pour méditer sur tout cela, voici un extrait du chapitre 13 du livre dans lequel le Petit Prince rencontre le businessman et son patrimoine constitué d’étoiles :

Le Petit Prince : « Et que fais-tu de ces étoiles?
Le businessman : – Ce que j’en fais?
– Oui.
– Rien. Je les possède.
– Tu possèdes les étoiles?
– Oui.
– Mais j’ai déjà vu un roi qui…
– Les rois ne possèdent pas. Ils “règnent” sur. C’est très différent.
– Et à quoi cela te sert-il de posséder les étoiles?
– Ça me sert à être riche.
– Et à quoi cela te sert-il d’être riche?
– A acheter d’autres étoiles, si quelqu’un en trouve. »
« Celui-là, se dit en lui-même le petit prince, il raisonne un peu comme mon ivrogne. » Cependant il posa encore des questions :
– Comment peut-on posséder les étoiles?
– A qui sont-elles? riposta, grincheux, le businessman.
– Je ne sais pas. A personne.
– Alors elles sont à moi, car j’y ai pensé le premier.
– Ça suffit?
– Bien sûr. Quand tu trouves un diamant qui n’est à personne, il est à toi. Quand tu trouves une île qui n’est à personne, elle est à toi. Quand tu as une idée le premier, tu la fais breveter : elle est à toi. Et moi je possède les étoiles, puisque jamais personne avant moi n’a songé à les posséder.
– Ça c’est vrai, dit le petit prince. Et qu’en fais tu?
– Je les gère. Je les compte et je les recompte, dit le businessman. C’est difficile. Mais je suis un homme sérieux ! »
Le petit prince n’était pas satisfait encore.
« Moi, si je possède un foulard, je puis le mettre autour de mon cou et l’emporter. Moi, si je possède une fleur, je puis cueillir ma fleur et l’emporter. Mais tu ne peux pas cueillir les étoiles!
– Non, mais je puis les placer en banque.
– Qu’est-ce que ça veut dire?
– Ça veut dire que j’écris sur un petit papier le nombre de mes étoiles. Et puis j’enferme à clef ce papier-là dans un tiroir.
– Et c’est tout?
– Ça suffit! »
« C’est amusant, pensa le petit prince. C’est assez poétique. Mais ce n’est pas très sérieux. »
Le petit prince avait sur les choses sérieuses des idées très différentes des idées des grandes personnes.
« Moi, dit-il encore, je possède une fleur que j’arrose tous les jours. Je possède trois volcans que je ramone toutes les semaines. Car je ramone aussi celui qui est éteint. On ne sait jamais. C’est utile à mes volcans, et c’est utile à ma fleur, que je les possède. Mais tu n’es pas utile aux étoiles… »
Le businessman ouvrit la bouche mais ne trouva rien à répondre, et le petit prince s’en fut.
« Les grandes personnes sont décidément tout à fait extraordinaires », se disait-il simplement en lui-même durant le voyage.

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