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E-cigarette : quoi de neuf ? Le plaidoyer britannique

31 août 2015 - SANTE
E-cigarette : quoi de neuf ? Le plaidoyer britannique

Cigarette

Cela fait deux ans que je suis les débats sur l’e-cigarette. Pour trois raisons : d’abord, parce que tout nouveau produit qui se répand à grande vitesse et concerne des centaines de millions de personnes doit être considéré sous un angle de santé populationnelle ; ensuite, parce qu’au plan pédagogique, ce sujet est une excellente illustration de l’intérêt de distinguer les notions de danger et de risque ; enfin, parce que cette question constitue un bon traceur pour analyser la relation entre l’incertitude et la prise de décision publique.

guillemets_Gris30Jusqu’à présent, parmi les agences nationales ou internationales œuvrant dans le domaine de la santé publique, la prudence était de mise vis-à-vis du vapotage. L’avis dominant est que s’il est vraisemblable que la e-cigarette n’est pas dénuée de danger, les risques qu’elle créée sont inférieurs à ceux du tabac. Deux incertitudes pèsent sur la définition des recommandations pour le public : d’une part, l’efficacité de l’e-cigarette pour sortir de la dépendance au tabac n’est pas démontrée ; d’autre part, on peut penser qu’une banalisation de l’e-cigarette serait un moyen d’attirer les jeunes vers le tabac.
L’e-cigarette est donc un problème plus qu’une solution.
Or, l’agence britannique de santé publique vient de prendre le contre-pied de cette prudence pour s’engager résolument dans la promotion de cet outil pour lutter contre les méfaits du tabac qui, faut-il le rappeler, est le tueur public numéro un.

Cigarette.guillemets_Gris30Pour l’essentiel, les experts missionnés par cette agence affirment que :
– Les fumeurs qui n’arrivent pas à arrêter devraient tenter l’e-cigarette. Ceci réduirait leurs risques individuels de 95 % et on peut s’attendre à observer un bénéfice sur la santé de la population dans son ensemble.
– Il y a peu de signaux qui montrent que l’e-cigarette est une porte d’entrée vers l’addiction.
– Les données récentes plaident en faveur d’une efficacité de l’e-cigarette pour arrêter la cigarette.
– Même si les informations relatives à la teneur en nicotine des e-cigarettes sont souvent fausses, cela n’entraîne pas un risque d’intoxication.
– Les messages de prudence émis jusqu’à présent ont entraîné une méfiance dans le public qui croit majoritairement à tort que l’e-cigarette est aussi risquée que la cigarette.
Pour toutes ces raisons, tout en restant prudents et en recommandant un suivi régulier des données issues de la recherche, les auteurs de ce rapport considèrent que la balance avantages – inconvénients penche vers le fait de recommander l’e-cigarette en tant qu’outil de santé publique.

guillemets_Gris30Je confesse à mes lecteurs que je suis toujours très attentif à ce qu’exprime l’expertise britannique de santé publique que je considère comme la meilleure du monde. Malgré le terrible échec de la vache folle, plus imputable à la dérégulation tatchérienne qu’à une erreur d’expertise, les données épidémiologiques montrent régulièrement qu’en matière de prévention, les Britanniques sont mieux protégés que d’autres populations comparables, qu’il s’agisse de mortalité prématurée, de sida, d’hépatite B, etc.

guillemets_Gris30L’expertise britannique allie la rigueur au pragmatisme tandis que l’expertise française est souvent dogmatique. Le fait historique qui l’illustre le mieux est l’approche utilisée par John Snow en août 1854 qui a montré avec un crayon et du papier que l’épidémie de choléra qui frappait Londres à ce moment était causée par l’eau de la Tamise. Le 8 septembre, John Snow, malgré le scepticisme des milieux médicaux, convainquit les autorités de mettre la pompe suspecte (celle de Broad street dans Soho) hors d’usage. Ses confrères lui dirent en substance : « nous ne sommes pas convaincus, mais il n’y a pas vraiment d’inconvénient à neutraliser la pompe suspecte, les gens ne mourront pas de soif ». L’intensité de l’épidémie s’atténua rapidement et à la fin du mois, elle était terminée. Dans les deux ans qui suivirent, la législation obligeant les fournisseurs d’eau à la traiter fut instituée. Cette démarche fait de John Snow le précurseur du principe de précaution.
En situation d’incertitude, il y a toujours des mouvements de bascule, les arguments venant successivement plaider dans un sens ou dans l’autre. Il ne faut pas oublier que c’est souvent en agissant (quoique prudemment) que l’on finit par trouver la vérité. Pour cette raison, le rapport britannique est une pièce majeure dans ce dossier.

***Le Monde