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Une police plus efficace grâce à Google et Facebook !

31 août 2015 - HIGH TECH
Une police plus efficace grâce à Google et Facebook !

oeil

Les géants du Web vont mettre leurs algorithmes et leurs bases de données au service des enquêteurs pour traquer les délinquants.

guillemets_Gris30Nous sommes le 15 août 2025, 16 heures. Fin de l’alerte enlèvement. La jeune femme qui avait kidnappé une fillette de 6 ans a été arrêtée. Filmée par une caméra de surveillance, elle a rapidement pu être identifiée grâce à la plus grande banque de reconnaissance faciale du monde. Pas celle d’Interpol et encore moins celle de notre police nationale, celle de Facebook, alimentée par plus de 250 milliards de photos mises en ligne avec les noms des personnes par les utilisateurs ou leurs «amis». Taux de réussite de DeepFace, son logiciel de reconnaissance : 97,25%, soit bien mieux que les meilleurs programmes informatiques des forces officielles de sécurité (85%).

PAS DE DOUTE,

guillemets_Gris30 avec leurs algorithmes capables de mettre un nom sur un visage, d’analyser vos mails, vos photos, vos vidéos et vos déplacements, Google et Facebook ont bâti des systèmes terriblement efficaces. Revendues aux commerçants de toute la planète, les milliards de données qu’ils récupèrent sur chacun d’entre nous permettent en effet de fabriquer des outils de marketing extrêmement performants. Mais ce n’est qu’un début. En 2025, ces géants seront à même de fournir encore plus d’informations aux entreprises, et pas toujours pour la bonne cause. Elles pourraient par exemple permettre à ces dernières d’espionner les bureaux d’études concurrents, de repérer la stratégie de leurs rivales ou même de piper le jeu des appels d’offres.

PLUTOT PARADOXAL,
guillemets_Gris30 car, dans le même temps, les Google, Apple, Facebook et consorts vont aussi devenir des auxiliaires de police surpuissants. «Miné par la crise et les restrictions budgétaires, l’Etat est à bout de souffle, analyse Jean-Michel Ganascia, expert en intelligence artificielle et professeur à l’université Paris VI. Plutôt que de s’épuiser à les chercher lui-même, il sera sans doute tenté, lui aussi, de leur acheter leurs informations.» Pour quelques euros par tête, ces bases de données privées permettront de désigner, de localiser et d’interpeller des milliers d’individus coupables ou soupçonnés de crime ou de délit. Ils pourront également repérer, pour le compte des gendarmes ou des policiers, tout échange suspect entre internautes ou mobinautes.

Cette révolution est déjà en marche.
Car, enfin, qui a mené le chanteur Jean-Luc Lahaye devant un tribunal au printemps pour corruption de mineure ? La jeune victime ? Ses parents ? Les limiers de la police nationale ? Non, c’est Facebook. Ou plus exactement l’un de ses algorithmes. Il faut savoir que, depuis 2012, la firme utilise des logiciels pour scanner tous les messages privés et analyser les échanges de fichiers photo.
Quand un comportement suspect est détecté par les robots, ce sont les humains du service de sécurité qui entrent dans la danse. C’est exactement ce qui s’est passé avec Jean-Luc Lahaye. Il utilisait Facebook pour converser avec une trop jeune fille, un haut responsable de sécurité de la firme californienne a transmis le dossier aux autorités françaises. Les firmes numériques américaines assument totalement ce rôle de «justicier». Google, dont les robots scannent tous nos mails afin de nous proposer des publicités ciblées, dénonce lui aussi, sans état d’âme, les pédophiles présumés au FBI.
Il est vrai qu’il n’a pas le choix : aux Etats-Unis, tous les acteurs d’Internet ont l’obligation légale de signaler les contenus pédo-pornographiques qui transitent sur leurs réseaux. En réalité, ces géants ne se limitent pas à ces collaborations ponctuelles. L’affaire Prism, dévoilée par Edward Snowden en 2013, l’a montré, certains d’entre eux ont tissé un véritable «partenariat» avec la NSA, la fameuse agence de renseignement fédérale.
La plupart ont nié toute implication, de peur d’effaroucher leurs utilisateurs évidemment, mais l’administration Obama a bien confirmé l’existence d’un programme permettant d’accéder, à des fins de renseignement intérieur, aux données de leurs utilisateurs vivant à l’étranger.

guillemets_Gris30Pour le moment, à ce que l’on sait, cette coopération des firmes numériques avec les services d’espionnage et avec la police n’a pas cours dans l’Hexagone. Mais d’ici dix ans, elle pourrait bien se développer. Imaginez la force de frappe décuplée qu’une telle pratique offrirait aux enquêteurs – ou aux limiers du fisc ! – français. «Il faut 20 agents pour suivre un suspect 24 heures sur 24», rappelait l’ex-juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière dans la foulée de l’attentat contre «Charlie Hebdo» en janvier dernier. Si Google ou Apple fournissaient les informations sur les déplacements quotidiens d’un suspect, tracés à l’aide des données de géolocalisation de son téléphone Android, on pourrait faire la même chose avec… vingt fois moins de personnel. La police pourrait alors connaître la position de sa cible à chaque instant pendant les derniers mois, savoir à quelle heure elle est entrée dans tel appartement, croiser ces infos avec celles des téléphones de ses amis repérés sur Facebook ou grâce aux mails échangés, bref, tout découvrir de ses habitudes et de ses plans. Uber pourrait de son côté reconstituer et livrer tous les trajets de ses clients. Et l’on peut gager qu’en 2025 la technologie aura encore étendu toutes ces capacités de surveillance et d’interception.

BIEN SUR, EN THEORIE,

guillemets_Gris30 notre législation protège la vie privée. Entre autres garde-fous, l’article L241-1 du Code de la sécurité intérieure garantit le secret des correspondances émises par la voie des communications électroniques. La NSA s’en fiche royalement. Facebook aussi sans doute. Et nos propres juges itou, qui n’ont pas hésité à condamner Jean-Luc Lahaye sur la base d’informations obtenues en dehors du cadre légal. La fin justifie les moyens, apparemment.

Patrick Chabert

Dans une foule de 80.000 personnes, soit la capacité du Stade de France, se cachent statistiquement…

… 190 maris violents
… 85 escrocs fiscaux
… 35 cambrioleurs
… 5 islamistes radicalisés

… qui demain pourraient être identifiés grâce à la géolocalisation et aux bases de données biométriques des géant du net.

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