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Le Noël sans enfants des parents séparés !

23 décembre 2015 - SAVOIR VIVRE
Le Noël sans enfants des parents séparés !
Pre-noel

Les cadeaux sont là, pas les enfants | William Warby via Flickr CC License by

Foie gras pour une personne, position fœtale ou Noël chez les voisins: comment les parents séparés vivent les fêtes de fin d’année sans leur(s) enfant(s).

guillemets_Gris30C’est la preuve, s’il en fallait une, que la réalité n’a que peu à voir avec les publicités pour le chocolat, les appareils ménagers ou les conventions obsèques. Et ça commence à la mi-novembre environ: la télévision déverse des torrents de spots publicitaires incluant des familles unies au pied du sapin, avec un couple de parents qui a une gueule à s’offrir des peignoirs monogrammés, des gosses surexcités mais bien peignés, une montagne de cadeaux et un labrador.

guillemets_Gris30Pour avoir une vision un poil différente de la famille et des fêtes de fin d’année, il faut parfois se résigner à se tourner vers les téléfilms de Noël diffusés l’après-midi, qui ont parfois l’audace de conter l’histoire d’une famille monoparentale pendant les fêtes. Laquelle famille est composée d’une mère courage vaillante mais sans le sou qui dort avec ses enfants dans la voiture mais rencontrera, magie de Noël oblige, un nouveau père pour ses enfants le jour du réveillon. Tout rentre dans l’ordre. Un papa, une maman, des enfants, un sapin, une dinde pour six personnes. Et un labrador.

Pourtant, un ensemble de rapport de l’Insee publié opportunément le 16 décembre révélait que, même si la famille «traditionnelle» (couple et enfants nés de cette union vivant sous le même toit) reste majoritaire en France, il faut également compter avec un nombre croissant de familles recomposées et monoparentales. Un enfant sur quatre ne vit pas avec ses deux parents.

«Partager» les enfants

guillemets_Gris30Et si les protagonistes s’accommodent bon an mal an de cette organisation tout au long de l’année, Noël reste un moment particulièrement complexe à gérer tant sur le plan émotionnel qu’en matière d’organisation. Surtout pour les parents dont les enfants sont en résidence alternée et qui devront donc «se partager» leurs enfants durant cette période habituellement dévolue à la famille et au foyer, en tout cas dans l’imaginaire collectif.

guillemets_Gris30Le 24 chez papa, le 25 chez maman, ou l’inverse; la semaine de Noël chez le père les années paires, la semaine de Noël chez la mère les années impaires, ou l’inverse. Il existe autant d’organisations possibles que de familles. Reste que, quelle que soit l’organisation décidée par le couple de parent ou par un juge, être parent ET séparé implique généralement de passer parfois le réveillon de Noël seul ou, en tout cas, sans son ou ses propre(s) enfant(s).

guillemets_Gris30Et si la presse regorge de conseils en tout genre pour les situations particulières –comment passer un noël vegan ou sans glutencomment concilier révisions de partiel et Noëlcomment ne pas passer pour une dinde à Noël (sic)–, la question des parents séparés de leurs enfants à Noël reste peu abordée. Et peut-être même tabou.

Être parent ET séparé implique de passer parfois le réveillon de Noël seul ou, en tout cas, sans son ou ses propre(s) enfant(s)

Tout juste trouve-t-on des articles distillant des conseils pour «passer les fêtes seul sans déprimer» destinés à ceux qui passent les fêtes en solo par choix ou par obligation, et parmi lesquels on trouve essentiellement les conseils suivants: «prendre un bain aux huiles essentielles», aller au spectacle ou «s’offrir un festin en solo».

Calendrier de l’avent à demi entamé

guillemets_Gris30Pendant des années, je me suis demandé à qui était destiné le foie gras en portion individuelle vendu en supermarché. Ce tout petit bocal dont le contenu ne pourrait servir qu’à garnir trois ou quatre mini-toasts ou qui pourrait aisément être englouti à la petite cuillère, debout devant le frigo ouvert. Je me doutais bien que le fabricant avait pensé aux nombreuses personnes passant les fêtes seules. Jamais je n’aurais imaginé avoir à faire moi-même l’acquisition d’un mini-bloc de foie gras sans morceaux (il est trop petit pour contenir des morceaux). C’était en 2013, car je suis moi-même séparée du père de ma fille et ai déjà vécu trois réveillons de Noël sans elle. J’ai pris des bains, mangé du foie gras, suis sortie avec des amis tout comme on m’a conseillé. Ça reste un drôle de moment. Et la vision du calendrier de l’avent avec toutes les cases fermées à partir du 19 reste peu réjouissante.

guillemets_Gris30Chaque année aussi, je me délecte des live-tweets de Noël en famille. En considérant toujours que cela reste un peu un luxe de se plaindre de sa famille chiante, de ses enfants en hyperglycémie et de la nourriture trop grasse. Et en me demandant à quoi ressemblent les Noël des autres, des pères et des mères qui réveillonnent sans leur(s) enfant(s), parce que, cette année, c’est pas leur tour –ceux et celles qu’on ne voit pas dans les pubs pour le chocolat?

guillemets_Gris30Il n’y a évidemment pas une seule manière de fêter Noël seul sans ses enfants et tous les parents concernés n’en souffrent pas nécessairement. D’abord, parce que certains font le choix de ne pas le fêter, tout simplement.

Se détacher de la date

guillemets_Gris30C’est le choix de Lucie (certains prénoms ont été changés). Elle est la mère de quatre enfants, dont une fille de 14 ans aujourd’hui. Elle s’est séparée du papa peu de temps après la naissance et, dès ses 6 ans, sa fille a pris l’habitude de passer les fêtes chez son père, là où il se trouve (généralement à Dubaï, toujours très loin). C’est la seule période de l’année où elle voit son père et elle y passe généralement trois semaines. Lucie s’est donc habituée très tôt à ne pas passer les fêtes avec son aînée:

«Les premières fois, c’est hard, on se trouve un peu con, tout seul, sans son enfant. D’ailleurs, la première année, je suis retournée chez mes parents de façon un peu régressive. Mais, très vite, le temps fait son œuvre: passé le choc du premier Noël, on arrive à se faire à l’idée qu’il s’agit d’un jour comme les autres, à se détacher de cette date du 24 qui n’a pas de sens si on n’est pas attaché à l’aspect religieux de Noël, ce qui est mon cas.»

C’est ainsi que Lucie a fini par totalement désacraliser Noël jusqu’à refuser de sacrifier à la tradition du déballage de cadeaux le 24. Avec son nouveau conjoint et ses trois autres enfants, ils ne se font plus de cadeaux mais s’offrent chaque année un petit voyage de quelques jours. Même cette année, alors que sa fille a choisi de ne pas retrouver son père et sa belle-mère et passe donc les fêtes auprès de sa mère, du conjoint de celle-ci et des trois autres enfants, la famille ne fêtera pas Noël avec le sacro-saint trio dinde-bûche-cadeaux.

Attachement aux rituels et traditions

Les premières fois, c’est hard, on se trouve un peu con, tout seul, sans son enfant. D’ailleurs, la première année, je suis retournée chez mes parents de façon un peu régressive

guillemets_Gris30La façon dont va être vécue cette fameuse soirée dépend de l’attachement à Noël. Les parents attachés aux rituels et aux traditions de Noël peuvent vivre bien plus difficilement les choses. Cécile, mère de six enfants, en a fait l’expérience deux Noël d’affilée. Elle s’est séparée du père de ses enfants il y a deux ans, peu de temps avant les fêtes. Ce dernier est parvenu à imposer un pré-Noël ensemble, quelques jours avant le 24, avec tous les enfants et les parents pourtant séparés. Une soirée «glauque» à laquelle s’est ajoutée la surprise de découvrir que le père avait décidé unilatéralement de prendre les enfants avec lui le 24 et le 25. Ce premier réveillon passé seule a été plutôt douloureux:

«J’ai dormi chez mes parents, pleuré vingt-quatre heures d’affilée avant de rejoindre un couple d’amis dans la même situation [leurs enfants respectifs passaient Noël chez leurs ex] pour boire des coups. J’avais envie de rester terrée chez moi mais j’ai fait l’effort pour ma famille et, finalement, ça n’a pas été désagréable. Autant les moments où tu n’es pas avec tes enfants peuvent être cools, parce que tu peux te consacrer à ton boulot, à tes projets persos, autant Noël sans tes enfants ça n’a pas de sens. Moi, je n’ai qu’une envie, c’est de cocooner avec eux à la maison, de préparer Noël, de faire des décos pourries, des biscuits, qu’on soit tous ensemble. Alors, quand ils ne sont pas là, ça veut plus dire grand-chose.»

«Droit à un Noël joyeux»

guillemets_Gris30L’année d’après, le scénario s’est répété mais cette fois institué par une décision de justice. Cécile s’apprête donc à vivre, pour la première fois depuis sa séparation, un Noël avec ses six enfants. Elle s’en réjouit mais confie ne pas être inquiète pour eux quand ils passent les fêtes avec leur père, sans elle: «Ils sont ensemble, se construisent leurs souvenirs entre eux. C’est Noël, donc ils sont contents. Je fais tout pour ne pas leur transmettre ma tristesse. Ce ne serait pas juste de leur gâcher ce moment avec mes états d’âme. Ils ont le droit d’avoir un Noël joyeux.»

guillemets_Gris30Ne pas faire savoir aux enfants qu’on est triste, c’est aussi ce que s’attache à faire Rémi, papa de deux enfants de 5 et 7 ans, qui s’apprête à passer son premier Noël sans eux et s’est très vite demandé à quoi ressembleraient les fêtes après sa séparation d’avec sa compagne:

«On peut rater sa vie de couple, on peut même rater son divorce mais, la priorité, c’est toujours d’épargner les enfants. Alors je m’efforce vraiment de ne pas entretenir le sentiment de manque qu’ils peuvent ressentir, de ne pas les appeler tout le temps pour leur dire qu’ils me manquent et leur demander si moi aussi je leur manque. Il faut écouter leurs coups de blues quand il y en a mais ne pas en faire des tonnes. En revanche, je me suis organisé avec leur mère pour les appeler le soir du 24 via Skype, après les cadeaux, pour discuter avec eux et profiter un peu de ce moment, même à distance.»

Rémi est lui-même plutôt attaché à Noël et va donc passer les fêtes auprès de ses parents.

«Les enfants s’en foutent»

guillemets_Gris30L’attachement à Noël peut aussi survenir et se développer avec l’arrivée des enfants. Sabine, maman de jumeaux de 4 ans, a pris goût à tous ces rituels à leurs côtés:

«Avant les enfants, je n’accordais pas une grande importance à Noël. On se filait nos cadeaux à l’apéro le 24 au soir. J’ai déjà passé un soir de réveillon seule et ça ne m’a fait ni chaud ni froid. Là, depuis les kids, tout est différent. Faire le sapin avec eux, ouvrir le calendrier de l’avent, préparer des trucs fun… Depuis l’année dernière, je mets de la fausse neige sur le sol et avec mes baskets je fais des traces de pas. Ils n’attendent que ça! Voir si le père Noël aura encore marché dans la neige!»

Autant les moments où tu n’es pas avec tes enfants peuvent être cools, parce que tu peux te consacrer à ton boulot, à tes projets persos, autant Noël sans tes enfants ça n’a pas de sens

guillemets_Gris30Les «kids» sont en alternance chez chacune de leur maman, une semaine sur deux, depuis le mois de mars. Cette année, Sabine passera le réveillon du 24 avec eux mais elle appréhende déjà le 25 à midi, «quand ils partiront chez leur autre mère, les cadeaux à peine déballés, même si les enfants s’en foutent que leurs deux mamans ne soient pas là avec eux. Ce qui importe, ce sont les cadeaux. C’est ingrat un môme».

Pourtant, même si «les enfants s’en foutent», les parents de Sabine ont invité son ex pour le déjeuner du 25. Comme pour obéir malgré tout à l’image que l’on se fait d’un repas de fête: une trêve au cours de laquelle tous les membres de la famille sont réunis autour des enfants.

Noël Pinterest

guillemets_Gris30Cette image de la famille unie et soudée, au moins le temps que durent les fêtes, autour d’une jolie table bien garnie, c’est ce que Karine, mère d’un petit garçon, appelle «les Noël Pinterest». Cette année, pour la première fois, son fils passe Noël chez son père. Et Karine, bien qu’auprès d’un nouveau conjoint, n’a strictement rien envie de faire cette année:

«Quand tu regardes comment certaines familles préparent Noël, ça te met une pression pas possible. Il faut que tout soit beau, parfait. Il faut organiser un bon repas, faire un truc festif. Mais c’est une injonction à faire la fête assez contre-productive. Moi, j’ai plutôt tendance à me dire que je n’arriverai pas à faire un truc qui ait de la gueule sur Instagram, alors ça a tendance à me décourager.

 

guillemets_Gris30Cette année, je n’ai rien envie de faire, je suis lessivée. Mais c’est dur de dire publiquement qu’on va rien faire pour Noël, même si c’est un choix, ça fait tout de suite grosse loseuse sans amis. Mais je ne vais pas non plus me flageller parce que je n’ai pas une vie sociale délirante à cette époque de l’année. C’est comme ça, c’est tout. Ça a été une année hyper dure sur tous les plans, tant au niveau national qu’à mon niveau perso. Alors, si l’année se finit de manière un peu pourrie, c’est cohérent, ça va clore le dossier 2015.»