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Il y a cinq ans, la naissance officielle du «candidat normal»

31 mars 2016 - PEOPLE
Il y a cinq ans, la naissance officielle du «candidat normal»
Tulle

François Hollande annonce sa participation à la primaire socialiste, à Tulle, le 31 mars 2011 | JEAN-PIERRE MULLER/AFP

Avant d’annoncer sa candidature à la primaire socialiste le 31 mars 2011, la marche socialiste de François Hollande a été longue.

guillemets_Gris30Cette photo-là, mieux vaut surtout de ne pas la rater, car les circonstances qu’elle saisit ne se représentent pas tous les jours: au soir de l’élection de François Hollande, le 6 mai 2012, les responsables socialistes, souriants, couvrant de leurs applaudissements leur candidat victorieux, sur l’estrade de la place de la Bastille, dans un parfait ensemble de soumission consentie. En dessous d’eux, la foule manifeste bruyamment sa joie, heureuse de répéter la nuit du 10 mai 1981, plus encore, sans doute, de venger l’éviction de la gauche, un certain «21 avril», au premier tour de l’élection présidentielle de 2002.

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Le président nouvellement élu François Hollande, place de la Bastille, à Paris, le 6 mai 2012 | THOMAS COEX/AFP

guillemets_Gris30Derrière François Hollande, désormais vingt-quatrième président de la République française, qui salue la place, les bras offerts, ils sont tous là, «le cimetière des éléphants», Aubry, Fabius, Delanoë, Ségolène, Jospin…, et la phalange des quadras, Vincent Peillon, Manuel Valls, Hervé Hamon, Arnaud Montebourg…, composant, les uns avec les autres, les uns malgré les autres, une «nef des fous» appelée PS, dont on ne cesse de prédire l’éclatement, depuis dix ans. Ne manque vraiment que Dominique Strauss-Kahn, retenu à New York, dont la disqualification, pour fait divers, a contribué à donner à la candidature socialiste un tour inédit.

guillemets_Gris30L’air est léger, comme l’humeur de l’aéropage. La victoire efface les rudesses de la montée vers l’Olympe, air connu. Leurs alliances retournées, leurs complots croisés, toutes ces dernières années, ce soir, sont oubliés. Enfin, ils veulent le croire. Une vérité, surtout, va devoir se faire plus discrète: beaucoup d’entre eux se détestent cordialement, mais, point commun fédérateur, ils détestent plus encore l’homme devant eux, qui vient de l’emporter sur Nicolas Sarkozy avec 51,64% des voix.

guillemets_Gris30François Hollande sent-il leur dédain sur sa nuque ? Leurs bravos sont juste assez appuyés pour masquer leur incompréhension. Pourquoi lui? La question revient sans cesse depuis qu’il a largement distancé Martine Aubry à la primaire socialiste (56,57%), huit mois plus tôt, et même avant, deux ans déjà, au moins, et certains ne s’y font toujours pas.

guillemets_Gris30Oui, pourquoi lui ? Leur surprise ne tient pas au fait qu’il ait repris la présidence à l’adversaire, après dix-sept ans d’opposition et de cohabitation. Nicolas Sarkozy est devenu tellement impopulaire, en cette fin de quinquennat, qu’ils sont quelques-uns, dont la maire de Lille, à penser, qu’en situation, eux aussi seraient parvenus à «battre la droite». Non qu’il ait gagné, donc, plutôt qu’il se soit porté candidat, tout au début, en 2008, 2009, quand aucun d’eux n’était encore prêt à l’être, d’en avoir eu l’outrecuidance sous leur nez, d’avoir monté son petit attelage avec rien dans son coin, et de l’avoir poussé avec sa détestable façon, amicale et rigolarde, de ne pas y toucher, lui qu’ils ont toujours pris pour un personnage secondaire de leur histoire commune.

Pourquoi lui? Leur surprise ne tient pas au fait qu’il ait repris la présidence à l’adversaire, mais plutôt qu’il se soit porté candidat, lui qu’ils ont toujours pris pour un personnage secondaire de leur histoire commune

guillemets_Gris30Il ne doit d’être là, entendra-t-on, qu’aux travers sexuels de DSK, la star socialiste du FMI, qui aurait dû représenter la gauche à la présidentielle. «Dominique», lui, aurait écrasé Sarko, et avec quelle allure! Hollande était dans le paysage, par hasard, c’est tout, et il a raflé la mise. Dès demain, certains, même parmi les futurs promus du gouvernement, auront de tels commentaires, peu amènes. Président par coup de chance, voilà sa seule victoire! Un zeste d’usurpation, et, à venir, un énorme malentendu, prédisent-ils, qui ne sera pas sans conséquences fâcheuses.

Boutiquier de Solférino

guillemets_Gris30Dans «premier secrétaire», il y a secrétaire, et à propos de François Hollande, qui a occupé la fonction de 1997 à 2008, les mêmes n’ont jamais voulu retenir que la seconde information. Sur l’estrade de la Bastille, ils sont une majorité à n’avoir longtemps vu en lui, et à ne voir encore pour les plus mauvais perdants, que le boutiquier de Solférino. Un expert en tactique électorale et en rapports de force, raccommodeur infatigable de l’ex-majorité mitterrandienne rapiécée. L’étouffeur des points de rupture entre «modernes» et «archaïques», PS de gouvernement et PS d’opposition. D’où l’un de ses surnoms: «l’édredon». Ou cet autre: l’homme de la «synthèse molle». Ou encore: «Flamby», trouvaille attribuée à Laurent Fabius, principal pourvoyeur de vacheries anti-Hollande. Mais derrière, nul charisme. Pas de vision entraînante. Bon orateur, mais plus techno que tribun, dénué de ce lyrisme révolutionnaire qu’il faut bien surjouer, de nos jours, à gauche, déjà pour faire oublier que la révolution s’en est allée et que le vote populaire, désabusé, s’effiloche. Ce 6 mai 2012, à la Bastille, l’évidence de la victoire leur revient dans un souffle, porté par la liesse de la place, et Hollande doit bien être pour quelque chose dans ce succès; pourtant, ils restent nombreux, autour de lui, à préférer retarder encore le moment de remiser leur scepticisme.

guillemets_Gris30Pour atténuer leur embarras de n’avoir rien vu venir, il serait juste de rappeler que la mise en mouvement de François Hollande a tenu, les premiers temps, du minuscule déplacement d’air. Les historiens des aventures électorales auront du mal à la dater. Pour 2009, c’est sûr. Les preuves existent. Mais ses proches le disent déjà en campagne, en 2008, et peut-être même avant la fin officielle de son mandat de premier secrétaire, à l’occasion du congrès de Reims, en novembre. Il aurait pu aussi, selon des témoins moins nombreux encore, s’être décidé à se présenter, dès la fin de l’année 2007, en réaction à l’échec de Ségolène Royal, à la présidentielle de mai, et des critiques nombreuses qu’elles lui ont valu, à lui; les «anti-Ségo» le soupçonnant d’avoir appuyé en sous-main sa candidature, les «pro-Ségo» lui reprochant au contraire de l’avoir contrariée, par jalousie, en y superposant, en plus, le vaudeville people de la séparation du couple qu’il composait avec «la madone du Poitou».

guillemets_Gris302008, 2007… Disons que François Hollande s’ébroue. Qu’il doit même certainement répéter l’exercice plusieurs fois avant d’en avoir lui-même une conscience claire. S’il se voit à l’Élysée, il laisse encore aux événements, selon son habitude, à ce qu’il appelle sa «bonne étoile», le soin d’en déterminer les étapes intermédiaires. Ce qui fait que les autres ne perçoivent aucun changement dans son attitude. Malgré sa jovialité légendaire, on le croit en petite santé intérieure, comme tout le Parti socialiste, d’ailleurs, lequel se remettant fort mal de son échec à la présidentielle, déborde de rancœurs internes.

guillemets_Gris30Fait-il confidence de son ambition nouvelle ? Il l’a toujours fait: il ambitionne la présidence depuis l’enfance, raconte-t-on, comme d’autres gamins veulent être pompiers. Au moins depuis l’adolescence, ce qui serait déjà précoce. Mais tout le monde autour de lui, à l’ENA (promotion Voltaire), avec Michel Sapin, dans leur commune chambrée de service militaire, plus tard dans les clubs sociaux-démocrates qu’il a fréquentés, en marge du PS, tout le monde a toujours compris qu’il galéjait. Une autre de ses «petites blagues». Sauf pour sa mère, Nicole, sa première fan, qui lui rappelle cette sérieuse promesse faite à lui-même, à chaque fois qu’ils se retrouvent.

Profil de coupable

guillemets_Gris30À la vérité, rue de Solférino et dans les médias, personne ne pense que François Hollande sera un jour candidat à une présidentielle. Il est plutôt un promoteur de candidatures tiers, en vain pour Jacques Delors, en 1995, puis avec succès pour Lionel Jospin, la même année, puis en 2002. Lui-même a passé son tour, en 2007. Le ticket lui revenait, en vertu de la règle non écrite des socialistes: le premier secrétaire démissionne puis conduit son camp à la bataille. Ce fut vrai pour François Mitterrand et pour Lionel Jospin.

guillemets_Gris30François Hollande a interrompu la série en se tâtant trop longtemps. Il voulait être certain que Lionel Jospin, pourtant officiellement retiré de la vie politique, ne changerait pas d’avis. Il a aussi attendu un signe, l’aval du même Jospin, le poussant, lui, à se déclarer. Rien n’est venu, a-t-il amèrement regretté. Il voulait, enfin, savoir lesquels, parmi ses concurrents potentiels, Fabius, Aubry, DSK, envisageaient de se déclarer, pour aviser ensuite. Il a tellement imprimé l’idée de la temporisation, au sein du parti, que les autres se sont fait piéger aussi. Ségolène Royal, en 2006, les surclassait déjà tous, dans les sondages; et ensemble, mais d’abord de son fait à lui, ils allaient assister, désorientés, à la campagne la plus anachronique, la plus «messianique» de l’histoire de la gauche. Une «hallucination collective», aurait même dit DSK.

guillemets_Gris30En fait, les principales figures du PS auraient été plus réticentes encore si le choix s’était porté sur Hollande. Celui-ci, en 2007, réussit le tour de force de s’être mis sur le dos à peu près tous les courants et sous-courants du parti. On lui reproche, en vrac, de n’avoir pas su empêcher la multiplication des candidatures, à gauche, en 2002, puis d’avoir laissé le parti se fracturer entre partisans du oui et tenants du non lors du référendum européen de 2005. Après la victoire de Nicolas Sarkozy, les jeunes loups du PS, Manuel Valls en tête, exigent la convocation d’un congrès extraordinaire pour le débarquer.

Rue de Solférino et dans les médias, personne ne pense que Hollande sera un jour candidat à une présidentielle. Il est plutôt un promoteur de candidatures tiers

guillemets_Gris30Après une décennie de mandature, les socialistes n’en peuvent plus, souvent même pour des raisons contraires, de le savoir encore à leur tête et lui attribuent les soubresauts du parti, même quand il n’en est pas la cause. Qu’importe qu’il ait permis au PS de remporter les dernières élections intermédiaires: vingt régions sur vingt-deux, dans l’Hexagone, une majorité de conseils généraux, un gain de soixante villes de plus de 20.000 habitants, aux municipales… Il est devenu le bouc émissaire à géométrie variable et, quand le congrès de Reims s’étripera, en novembre 2008, au point de vouloir porter «l’affaire des fraudes» devant les tribunaux, c’est encore lui qui sera soupçonné, alors qu’il n’a pas remis en jeu son mandat. Aussitôt élue, contre Ségolène Royal, Martine Aubry annonce qu’elle va faire procéder à un audit de la gestion de Solférino, avant son arrivée.

guillemets_Gris30Même absent, abandonné par la plupart de ceux dont il avait favorisé, au fil des ans, la promotion interne voire la carrière politique, François Hollande conserve un profil de coupable. C’est davantage qu’un réflexe de corps, plus qu’une manière, pour ses adversaires et ses successeurs d’esquiver leurs propres responsabilités, mais presque une culture collective, tout au long des années 2000: la faute à Hollande… De Jean-Luc Mélenchon –qui quitte le PS en pointant un doigt vengeur sur lui– à DSK, d’un bord à l’autre, le désaveu à son égard finit par se porter à la boutonnière, comme un signe de reconnaissance.

Commis voyageur

guillemets_Gris30Malgré un tel contexte, il s’est lancé. On connaît peu d’hommes politiques à avoir envisagé une candidature au pire moment de leur carrière. L’ambition de la présidence suppose un minimum de gloire et de partisans. Les deux lui font défaut. Cet éternel optimiste traverse même une longue période dépressive, aggravée encore par le décès de sa mère. Sa vie familiale est bouleversée. Il est à peu près hors du PS –il a même envisagé d’abandonner la politique et de rejoindre le privé. Après son départ de Solférino, il peut compter sur les doigts d’une main les soutiens qui lui restent, parmi les socialistes: Stéphane Le Foll, député européen, son ancien directeur de cabinet, Michel Sapin, ancien ministre de l’économie, son compagnon de l’ENA, Bernard Le Roux, député de Seine Saint-Denis, ou encore André Vallini, député de l’Isère. Quelques autres, fidèles plus à l’homme seul d’ailleurs qu’au candidat clandestin. Il est brouillé avec la plupart des autres, parce qu’ils ont suivi Ségolène Royal, comme Julien Dray ou François Rebsamen, le maire de Dijon, ou parce qu’ils ont rejoint le gouvernement de Nicolas Sarkozy, comme Jean-Pierre Jouyet. Ils ne sont qu’une poignée et ils lui doivent la vérité: l’éventuel candidat fait piètre impression.

guillemets_Gris30Lui qui est familier des journalistes, il n’a pas vraiment d’image publique. Les sondeurs oublient même parfois de citer son nom dans les baromètres sur les «personnalités politiques préférées des Français». Ou lui prêtent des miettes d’«opinions favorables», à 3%, même, dans le cas d’un sondage de novembre 2010. Comme il est jovial, souvent volontairement d’accord, par courtoisie, avec son interlocuteur, il passe partout mais retient peu l’attention. Manque d’autorité, défaut de gravité, tranche sa dernière palanquée d’amis. Et puis sa mise. Trop négligée. Ses rondeurs de silhouette: non présidentielles.

guillemets_Gris30À la surprise des siens, il s’astreint à un régime alimentaire sévère. Il a changé de lunettes, et fait maintenant retailler ses costumes. Surtout, il prend du recul. On le localise plus souvent dans sa base arrière, la Corrèze, comme François Mitterrand avait la Nièvre, ces terres de province qui font corps avec celui qu’elles se sont choisi, quand les vents parisiens viennent à lui être contraires. Les Corréziens ne tiennent pas rigueur à François Hollande d’avoir souvent espacé ses présences, jusqu’à la fin de son mandat de premier secrétaire. Aux législatives de juin 2007, il a été réélu dans la première circonscription avec 68,4% des voix au second tour. Le fief historique de Jacques Chirac est peu à peu devenu le sien. Il a même raflé le conseil général, que la droite détenait depuis quarante ans, et a dû confier sa mairie de Tulle à son ami Bernard Combes pour ne pas enfreindre la règle des cumuls. Le département a pour François Hollande la même fonction, bastion des fidélités, que pour l’ancien chef de l’État.

guillemets_Gris30C’est d’ailleurs ce qu’il va chercher, en 2009-2010, au-delà de la Corrèze mais dans le même esprit: des soutiens provinciaux, parmi les fédérations socialistes, par tradition plus légitimistes et dont il a contribué, rue de Solférino, à faire fructifier les mandats électoraux. Au loin, les mémoires sont plus longues que dans la capitale. Il est, des mois durant, un commis voyageur à peu près solitaire d’une cause non déclarée, la sienne, et d’un projet encore imprécis, qu’il laisse mijoter. Au moins, engrange-t-il les sympathies, à la base du parti, dans des salles de réunions aux assistances modestes.

Passionné de fiscalité

guillemets_Gris30Au PS, François Hollande n’a jamais eu de courant, mais des fidèles, des amis, avec lesquels il fait de la politique, et qui ont intégré avec lui, jusqu’en 2008, les directions majoritaires successives. Il a même été, au milieu des années 1980, l’un des instigateurs, avec entre autres l’avocat Jean-Pierre Mignard et Jean-Yves Le Drian, le président de la région Bretagne, d’un groupe de socialistes se définissant comme non sectaires, les Transcourants, qui attendaient de la gauche qu’elle prenne la société telle qu’elle est, et non plus telle qu’elle la rêve. «Nous explorions les chemins du réformisme, c’est-à-dire du compromis», rappelait Jean-Pierre Mignard, en 2007. Équipée social-démocrate avant l’heure –pour la France–, ce groupe avait approuvé le brutal retour au réalisme économique et social de 1983, derrière Pierre Mauroy et Jacques Delors, et cherchait à proposer au PS une synthèse entre la gauche américaine, les démocrates européens, et même le centrisme, résolu à se situer, comme il l’expliquait, «au-delà des clivages gauche-droite».

guillemets_Gris30Pour François Hollande, héritier de Jacques Delors, et définitivement «transcourant» de culture, un programme électoral doit nécessairement puiser sa matière première dans la réalité, surtout en pleine crise économique mondiale. C’est pourquoi, longtemps, au gré de ses réunions de militants, son projet présidentiel tient surtout de l’analyse d’expert et de la conférence critique, tatillonne et chiffrée, sur les conséquences que le pouvoir de Nicolas Sarkozy tire du «choc» économique de 2008. Déficits, remboursement de la dette, injustice du système fiscal… Ses premiers auditeurs sont surpris de son absence de romantisme. La gauche, par François Hollande, ne fera pas lever de rêves déraisonnables. Imitant Jacques Chirac et sa «fracture sociale» de 1995, il se cherche une «couleur» générique de campagne. Une idée propre à résumer toutes les autres. Il a choisi le thème de la jeunesse. Mais il a beau faire, même cette évocation-là reste prosaïque: bourses d’études, «emplois-jeunes», formation, apprentissage…

Si l’on a désormais compris qu’il était en campagne, entre Corrèze et fédérations de province, distillant un programme électoral de potion amère, il est toujours présenté comme marginal par la rumeur parisienne

guillemets_Gris30Non que ce socialiste ait le cœur sec –comme tout Solférino, il connaît l’air éculé des «lendemains qui chantent»– mais il présente une particularité qui isolerait n’importe qui, à plus forte raison un candidat à la présidentielle: c’est un passionné de fiscalité. Il rêve pour les Français d’une réforme complète du système fiscal et déjà d’une refonte groupée des impositions sur les revenus, de la CSG et de la CRDS. Devant des auditoires assez dubitatifs, il cite sans notes des dizaines de chiffres et de pourcentages, pour preuve de l’avantage donné aux plus hauts revenus, par la droite, et des manques à gagner «redistributifs» qui en découlent pour le budget de l’État.

guillemets_Gris30Il va répétant que la question posée au prochain président de la République n’est pas de savoir s’il pourra baisser les impôts mais d’annoncer de combien il sera obligé de les augmenter, et quelle catégorie en supportera la charge. «Augmenter les impôts? s’interroge Serge Raffy, son biographe, dans le livre qu’il consacre à François Hollande (Le Président, Fayard, 2012). Attention, terrain miné, très dangereux électoralement. François Hollande le sait. Il prend le risque. Certains le jugent suicidaire.»

Affrontement feutré

guillemets_Gris30Le 27 juin 2009, ses amis, qui ont créé à son intention une association, Répondre à gauche, animée par Stéphane Le Foll, organisent à Lorient une réunion non d’officialisation de sa candidature mais déjà d’intronisation. Pour la première fois, des invitations ont été lancées à la presse nationale et à quelques personnalités parisiennes. «Quand j’ai dit à un journaliste que j’allais soutenir François Hollande, il m’a ri au nez», expliquera l’historien Benjamin Stora, présent ce jour-là. La presse ne se déplace pas. Mais ils sont tout de même quatre ou cinq centaines, conviés par les socialistes bretons de Jean-Yves Le Drian.

Ils écoutent, assez médusés, François Hollande leur prédire un avenir assez proche du pire, en décrivant «la plus grave crise économique de l’après-guerre»; «une année de récession, c’est sûr, deux années de stagnation, c’est probable», annonce-t-il. La production industrielle en recul, des déficits à des niveaux jamais atteints. «Une dette publique égale à la richesse créée en une année», «il y a à craindre, hélas, qu’un million d’emplois vont être détruits».

guillemets_Gris30Ses proches expliquent que François Hollande va son chemin sans s’occuper des autres candidats à la primaire socialiste pour la présidentielle de 2012. Cela vaut mieux, car si l’on a désormais compris qu’il était en campagne, entre Corrèze et fédérations de province, distillant un programme électoral de potion amère, il est toujours présenté comme marginal par la rumeur parisienne. Le désaveu socialiste à son égard continue. Martine Aubry croit voir partout ses tentatives de complot, directs ou à travers la personne de Ségolène Royal, laquelle espère toujours pouvoir concourir en 2012.

guillemets_Gris30Dès 2010, en vérité, les jeux sont donnés pour faits, au PS, et aucune place n’y est laissée à l’ancien premier secrétaire. Un astre brille, au firmament socialiste, que François Hollande, entend-on, ne peut toucher du doigt. Depuis que Nicolas Sarkozy a favorisé sa candidature au FMI, Dominique Strauss-Kahn est devenu la mascotte politico-people de la gauche modérée. Il est loin devant les autres dans les sondages. DSK, Aubry, Royal, Hollande, dans cet ordre. Le Corrézien parvient peu à peu à dépasser son ancienne campagne, dans les baromètres –ou plutôt c’est celle-là qui décroche–, mais le directeur du FMI est toujours au moins dix points devant.

guillemets_Gris30De toute façon, Martine Aubry et DSK ont passé un accord, appelé «le pacte de Marrakech», parce qu’il a été scellé dans le luxueux riad que le directeur du FMI possède avec sa femme, la journaliste Anne Sinclair, dans la villégiature marocaine. En association avec les fabiusiens, ils s’entendent pour soutenir, à la primaire, le mieux placé des deux. Leur addition devrait faire la différence avec n’importe quelle autre candidature. Pourtant, une forme d’affrontement feutré commence à concerner les deux hommes, DSK et Hollande, qui déjà distingue ce dernier. Ils passent l’un et l’autre pour des économistes. Ils ont été les enfants de Delors. Leurs programmes électoraux respectifs passeront par la nécessaire baisse des déficits, par le remboursement de la dette…

guillemets_Gris30Mais les oppose une affaire de style. DSK le magnifique contre Hollande le modeste. François Hollande voit l’intérêt qu’il peut y avoir pour lui à exister en contre, face aux symboles d’aisance matérielle que charrie le directeur du FMI, devant des Français en butte aux difficultés économiques. Alors, décidé, il sera «le candidat normal», dans l’espoir d’être, un jour de 2012, «le président normal». Aussi, le 31 mars 2011, au lendemain d’élections cantonales remportées, annonce-t-il sans emphase ni vanité sa candidature à la primaire, depuis Tulle, entouré d’électeurs familiers.