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Un Chauffeur Uber gagne 3 600 euros par mois… vraiment ?

31 mars 2016 - ECONOMIE
Un Chauffeur Uber gagne 3 600 euros par mois… vraiment ?
Uber

Manifestation de chauffeurs VTC à Paris le 3 février 2016 Romain BEURRIER/REA

Uber, une chance pour les jeunes des banlieues minées par le chômage ? C’est un peu le message qui se dégage de l’étude commandée par la plate-forme (moyennant rémunération) aux économistes David Thesmar et Augustin Landier, à l’occasion des quatre ans de son arrivée en France. Pour les besoins de cette étude, la compagnie de mise en relation entre chauffeurs indépendants et passagers, habituellement avare en chiffres, aurait donné libre accès à ses données aux deux économistes.

81 % des chauffeurs n’occupent aucun autre emploi

Ce qui leur a permis de dégager un profil type du chauffeur Uber : un homme de moins de 30 ans, issu des banlieues, souvent un ancien chômeur qui, grâce aux 45 heures d’activité hebdomadaire que lui fournirait la plate-forme, parviendrait à dégager un revenu moyen de « 3 600 euros nets » par mois, après versement de la commission pour l’utilisation de l’application. D’après David Thesmar et Augustin Landier, 81 % des chauffeurs français n’ont par ailleurs pas d’autre emploi. De quoi, en apparence, faire taire les pourfendeurs de la start-up californienne… Ces résultats sont toutefois à nuancer.

On serait en réalité plus proche du Smic horaire

Tout d’abord, parce que les 3 600 euros nets par mois ne prennent pas en compte les frais d’essence et d’amortissement du véhicule utilisé, qui viennent grever les revenus des chauffeurs d’environ 50 %, concèdent les auteurs de l’étude. A 1 800 euros par mois pour 45 heures hebdomadaires, on serait donc plus proche de 10 euros par heure travaillée, au lieu des 19,90 € initialement annoncés. Par ailleurs, il n’est pas précisé si ces 1 800 euros prennent en compte le financement de la protection sociale. Mais s’il s’agit du chiffre d’affaires réalisé par les chauffeurs, il est peu probable qu’il soit pris en compte. Ces 1 800 euros seraient alors à comparer avec le Smic brut, qui s’élève à un petit plus de 1 800 euros par mois pour 45 heures hebdomadaires, en prenant en compte la rémunération des heures supplémentaires.

Une partie des revenus captés par les compagnies de VTC

Ensuite, parce que les auteurs de l’étude semblent se concentrer essentiellement sur les chauffeurs à leur compte. Selon les chiffres cités par le Financial Times, la libéralisation du transport individuel de particuliers aurait permis de créer environ 15 000 emplois en France. Mais sur ces 15 000 chauffeurs, seuls 5 300 sont, ou ont été, à leur compte.

Seul un tiers des 15 000 chauffeurs Uber sont à leur compte.

Les autres sont en fait employés par des sociétés qui ont raflé le gros des licences de véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC) délivrées par l’administration, et dont le nombre a été gelé en 2015 par le gouvernement pour répondre à la colère des taxis.

Ces sociétés de VTC ont pour mérite de permettre aux aspirants chauffeurs qui n’ont pas les moyens d’acquérir un véhicule répondant aux standards exigés par Uber (une berline noire, avec cinq portes et un certain nombre de critères.de confort)

Il y a peu de chances pour que les chauffeurs employés par les compagnies de VTC atteignent ces niveaux de revenus

Mais elles captent aussi en contrepartie une part des revenus dégagés par l’activité. Il y a donc peu de chances pour que ces chauffeurs employés par les compagnies de VTC, qui constituent le gros des effectifs, atteignent les niveaux de revenus annoncés dans l’étude. De ce point de vue, l’avantage comparatif offert par Uber par rapport aux sociétés de taxis traditionnelles semble donc limité.

Le dégel de l’octroi des licences de VTC, réclamé par Uber, qui dénonce un frein à la lutte contre le chômage dans les banlieues, permettrait sans doute à certains des chauffeurs employés par ces sociétés de VTC, ainsi qu’aux nouveaux venus, de s’installer à leur compte. Mais il aurait aussi pour effet d’augmenter l’offre de transport individuel de particuliers, avec pour conséquence une pression à la baisse sur l’activité de chacun des chauffeurs, et donc sur leurs revenus potentiels. Les syndicats de chauffeurs, qui craignent l’érosion de leurs revenus, sont d’ailleurs réticents à l’idée de voir augmenter à nouveau le nombre de licences de VTC mises sur le marché. Une logique proche de celle qui pousse les taxis à exprimer leur colère face à l’arrivée de ces chauffeurs indépendants sur un marché qui leur était auparavant réservé…

***Romain Renier