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Ces Français qui veulent apprendre aux Américains à coder

2 avril 2016 - HIGH TECH
Ces Français qui veulent apprendre aux Américains à coder

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Pas de salles de classe ni même de professeurs. Bienvenue à la Holberton School, une nouvelle école d’ingénieurs informatiques, qui a ouvert ses portes en début d’année à San Francisco (Californie) et qui a lancé, jeudi 31 mars, le processus d’admission de sa prochaine promotion. Ambiance art déco, canapés et fauteuils, cafétéria, large open space où sont alignés les ordinateurs Mac… L’endroit ressemble davantage à l’une des nombreuses start-up de la ville.

guillemets_Gris30A l’origine du projet, trois Français installés dans la Silicon Valley. L’an passé, ils ont quitté leur emploi chez Apple, LinkedIn et Docker, une jeune société spécialisée dans le cloud computing. Ils ambitionnent désormais d’apprendre aux Américains à coder avec des méthodes d’enseignement importées de France. Plus précisément de l’Epitech et de l’Ecole 42, lancée en 2013 par Xavier Niel, le fondateur d’Iliad (également actionnaire à titre individuel du Monde).

PAS DE COURS

guillemets_Gris30« Il n’y a pas cours formels, où l’on apprend par cœur avant de tout oublier. L’enseignement est basé autour de projets que les étudiants réalisent en équipe », résume Julien Barbier, l’un des trois fondateurs de l’école – dont le nom rend hommage à Betty Holberton, qui a participé dans les années 1940 à la création du premier ordinateur. « Nous fournissons à nos étudiants des éléments pour les mettre sur la piste mais jamais toutes les informations nécessaires. L’objectif est de leur apprendre à apprendre », poursuit-il. Le cursus s’étale sur deux ans, dont six mois de stage en entreprise.

guillemets_Gris30« La formation universitaire dans l’informatique reste fortement théorique. Pourtant, dans mon entreprise, je n’ai pas d’examen mais des projets à accomplir », explique Ayesha Mazumdar, ingénieur chez Salesforce qui fait partie de la centaine de « mentors » qui participeront à la formation des étudiants. « L’approche de la Holberton répond à un besoin vital de changement. Elle est en phase avec le marché de l’emploi car elle est évolutive et repose sur la pratique », renchérit William Brendel, chercheur au sein d’un des laboratoires d’Amazon et autre mentor.

guillemets_Gris30Ces professionnels remplacent les professeurs, « parfois déconnectés du terrain », selon Sylvain Kalache, autre fondateur de l’école. Tous volontaires, ils travaillent dans les grandes sociétés (Google, Facebook, Microsoft…) ou les start-up de la région. Ils proposeront des projets, suivront des étudiants ou tiendront des conférences. « De cette manière, nous sommes certains que l’enseignement correspondra toujours aux évolutions de l’industrie », ajoute M. Kalache.

40% de FEMMES

guillemets_Gris30L’école veut aussi être une alternative aux « bootcamps », ces formations intensives de quelques mois qui ont vu leur popularité exploser ces dernières années. Pour entrer à la Holberton School, aucune expérience en informatique n’est requise. « Ce qui compte, c’est la motivation », explique M. Barbier. L’inscription s’effectue en ligne par l’intermédiaire de plusieurs tests. « Pour les débutants, cela représente entre soixante et quatre-vingt heures de travail », poursuit cet ancien étudiant de l’Epitech.

guillemets_Gris30La première promotion compte 32 élèves, dont 40% de femmes. « Notre processus de sélection automatique permet d’éliminer tous les bias, assure M. Barbier. C’est pour cela que notre promo est très diverse ». Parmi les étudiantes, Naomi Veroczi, la doyenne de l’école. « J’ai été restauratrice, menuisière, technicienne dans une usine de semi-conducteurs ou encore mère de famille », liste-t-elle. « Passionnée » par l’informatique depuis qu’elle mit la main sur son premier PC, au milieu des années 1970, elle voulait en faire son métier.

guillemets_Gris30Dora Korpar, de 27 ans sa cadette, cherchait, elle, sa voie. « Après mon diplôme universitaire, aucun métier dans mon secteur ne m’intéressait. Mes comptes bancaires étaient dans le rouge, donc j’ai accepté un emploi dans une grande surface. Mais j’ai toujours su que cela serait temporaire: , explique la jeune femme. William McCann, 37 ans, dont dix ans en tant que journaliste pour une chaîne de télévision locale, voulait changer de carrière. S’il a pensé aux bootcamps, il a renoncé car « la plupart de ces programmes exigent un niveau de connaissance minimum ».

POURCENTAGE DU SALAIRE

guillemets_Gris30Ouverte à tous, la Holberton School se distingue aussi par son modèle économique. Les deux ans de scolarité sont gratuits. En échange, les étudiants s’engagent à reverser 17% de leurs salaires au cours des trois années qui suivent leur sortie de l’école. Ses fondateurs espèrent ainsi attirer des profils différents dans un secteur en proie à un problème de diversité. « C’est aussi un moyen de partager le risque avec nos étudiants ,ajoute M. Barbier. Le succès de l’école va entièrement dépendre de la réussite de ses élèves. »

guillemets_Gris30En attendant les premières rentrées financières, Holberton dispose d’un matelas de 2 millions de dollars (1,85 million d’euros), levés auprès d’investisseurs et de personnalités de la Silicon Valley, comme Jerry Yang, l’un des deux fondateurs de Yahoo!. Une deuxième promotion devrait être lancée au cours de l’année. Mais les responsables de la Holberton voient beaucoup plus loin. « Notre ambition est d’avoir des centaines d’étudiants dans le monde entier, lance M. Kalache. Notre modèle repose sur une structure de faibles coûts d’opération, ce qui va nous permettre de facilement le reproduire ailleurs. »

Les trois associés le savent: les besoins en main-d’œuvre qualifiée sont immenses. Les entreprises de la Silicon Valley manquent cruellement d’ingénieurs informatiques. Une pénurie qui touche aussi les acteurs européens et asiatiques. « Nous pensons pouvoir aider à résoudre ce problème », souffle M. Kalache.

***Sylvain Kalache