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Pourquoi les Britanniques vont regretter leur vote

25 juin 2016 - POLITIQUE
Pourquoi  les Britanniques vont regretter leur vote

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Les plus fervents partisans du Brexit sont souvent âgés et d’un milieu plus modeste que la moyenne. A l’occasion du référendum sur l’UE, ils ont cru sanctionner l’establishment. Mais leurs ennuis, et ceux du pays tout entier, ne font que commencer.

guillemets_Gris30Ce n’est plus un référendum, c’est un quiproquo… A l’issue d’une campagne féroce aux allures de psychodrame, une majorité de Britanniques (52%) s’est prononcée, le 23 juin, pour que leur pays quitte l’Union européenne. La question est-elle pour autant réglée? Non. Les vrais ennuis commencent, au contraire.

guillemets_Gris30De l’autre côté de la Manche, les vainqueurs, partisans du Brexit, sont en majorité âgés et d’un niveau socio-culturel souvent moins élevé que la moyenne. Majoritaire dans les urnes, leur avis va contre celui des économistes, des experts de tout poil et, surtout, des trois leaders des partis les mieux représentés à la Chambre des communes. Ils le savent, et ce constat éclaire l’une de leurs principales motivations: ces Britanniques-là, en réalité, se rebellent avant tout contre l’establishment – celui de Bruxelles comme celui de Londres.

Le ras-le bol des laissés-pour-compte

guillemets_Gris30En votant « contre l’UE », ils expriment surtout leur ras-le bol d’être des laissés-pour-compte et leur crainte d’un déclassement. Leur colère est compréhensible: souvent âgés de plus de 50 ans, ils sont les principales victimes des innombrables coupes budgétaires opérées dans les services publics au fil des ans, notamment dans le secteur de la santé. Leurs emplois ont été les premiers à être supprimés au lendemain de la crise financière de 2007-2008, qui a aussi provoqué une baisse sensible de leurs pensions de retraite. Et ils ressentent l’arrivée massive de travailleurs étrangers, issus ou non de l’Union européenne, comme une menace supplémentaire pour leur niveau de vie.

guillemets_Gris30Pour autant, ces électeurs n’ont pas voté « en faveur » de quoi que ce soit. Et c’est normal. Faut-il claquer la porte de Bruxelles rapidement ou en prenant son temps? Le Royaume-Uni gagnerait-il à rester au sein du marché unique? Ces questions sont trop techniques pour faire l’objet d’un référendum et il reviendra aux politiques de les trancher. Problème: toutes les enquêtes montrent qu’une majorité d’élus sont attachés à l’UE; ceux favorables au Brexit sont non seulement minoritaires, mais divisés sur la marche à suivre.

guillemets_Gris30Comment faire, alors? Il reviendra au successeur de David Cameron, Premier ministre sortant, de négocier avec Bruxelles les termes du divorce. Mais le processus s’annonce long et compliqué, et la politique d’immigration britannique n’est pas prête d’évoluer. Nul doute que Nigel Farage, leader du Ukip, parti populiste et xénophobe, en profitera pour alimenter les fantasmes sur la nomenklatura de Westminster, soupçonnée de comploter derrière le dos des honnêtes électeurs…

Et la jeunesse?

guillemets_Gris30Pendant ce temps-là, que deviendront les moins de 25 ans, dont trois sur quatre se sont déclarés favorables au maintien dans l’Union européenne? Un pays qui se prétend dynamique et ouvert peut-il tourner le dos à sa jeunesse? Héros des partisans du Brexit, Boris Johnson a été hué par une foule de jeunes Londoniens peu après l’annonce des résultats, alors qu’il quittait son domicile

guillemets_Gris30Dans son discours de victoire, il a tenu à souligner que les jeunes « continueront à profiter et à voyager en Europe ». Sauf qu’il n’en sait rien, car les négociations sur les conditions dans lesquelles le Royaume-Uni quittera l’UE n’ont pas encore commencé.

guillemets_Gris30En un mot, le Royaume-Uni est plongé depuis vendredi matin dans une triple crise – politique, sociale et générationnelle. L’économie ne sera pas épargnée, bien sûr: quelques heures après l’annonce du résultat, la livre sterling a atteint son niveau le plus bas depuis 1985. Pour le malheur des Britanniques et de leurs partenaires européens, « the show must go on ».

****Marc Epstein / l'express

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