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Le Medef rongé par les divisions internes

30 août 2016 - ECONOMIE
Le Medef rongé par les divisions internes
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Pierre Gattaz, l’actuel patron du Medef, a fait modifier les statuts de l’organisation de sorte que son président ne puisse faire qu’un seul mandat de cinq ans. ERIC PIERMONT / AFP

Des bureaux exécutifs interminables au cours desquels s’étalent les désaccords, des négociations qui n’aboutissent pas… Les difficultés croissantes que rencontre le gouvernement dans ses discussions avec le Medef sont le symptôme d’un mal interne qui ronge l’organisation depuis maintenant plusieurs mois. Elle se déchire, même si plusieurs de ses responsables assurent que l’« on est désormais entré dans une forme d’apaisement ».

guillemets_Gris30A l’approche de la traditionnelle université d’été du mouvement patronal, mardi 30 et mercredi 31 août, sur le campus d’HEC à Jouy-en-Josas (Yvelines), ce ne serait pas du luxe. « Au Medef, c’est Règlement de comptes à OK Corral », résume en effet une source au sein de l’exécutif.

Deux camps s’opposent

guillemets_Gris30Les tensions, qui se sont cristallisées lors de l’échec, en juin, de la négociation d’une nouvelle convention d’assurance-chômage, résultent de l’opposition entre deux camps. Il y a, d’un côté, ceux qui soutiennent le pôle social présidé par Alexandre Saubot, par ailleurs à la tête de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) – qui fut longtemps une sorte d’Etat dans l’Etat au sein du patronat français. Aidé d’un groupe de permanents du Medef, M. Saubot a joué un rôle central dans les tractations avec le gouvernement, tant en ce qui concerne la loi travail que la convention Unédic.

guillemets_Gris30Face à eux, une coalition composite, formée par plusieurs fédérations : assurances, banques, bâtiment, commerce, Syntec… Ces composantes du Medef ont mené la fronde contre le compromis porté par M. Saubot sur l’assurance-chômage. Principale ligne de fracture : la taxation des contrats courts. Cette mesure, un temps envisagée dans la loi El Khomri, avait finalement été laissée, par le gouvernement, aux bons soins des partenaires sociaux dans le cadre de la négociation Unedic.

Alexandre Saubot concentre les critiques

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Alexandre Saubot, à la tête de l’UIMM, incarne le pôle social du Medef. PATRICK KOVARIK / AF

 

guillemets_Gris30Les opposants à M. Saubot accusent ce dernier d’avoir accepté ce « deal » sans en parler au préalable aux instances patronales. Signe, pour certains, que l’UIMM « n’en fait qu’à sa tête et ne consulte jamais personne », tempête un membre du conseil exécutif du Medef.

« L’industrie a surtout recours à l’intérim et beaucoup moins à des contrats à durée déterminée », relève un autre de ses membres. Sous-entendu : une taxation des contrats courts aurait suscité des désagréments moindres dans ce secteur de l’économie. Plusieurs fédérations, dans le monde des services en particulier, trouvent que l’UIMM « négocie surtout en fonction de l’intérêt de ses mandants » et non pas de l’ensemble des entreprises.

Beaucoup, au sein du mouvement patronal, reprochent en outre à M. Saubot « un manque de tact et de savoir-faire ».

« Il n’a pas intégré que, contrairement à une entreprise où les ordres viennent d’en haut, le Medef est au service de sa base, et donc les ordres viennent plutôt d’en bas. C’est une pyramide inversée, il faut trouver le consensus et ça, il ne sait pas le faire », dit de façon aigre une figure du Medef.

Au final, renchérit un patron de fédération, « des membres du conseil exécutif s’estimaient mal considérés et l’ont vécu comme une tentative de reprise en mains du Medef par l’UIMM ».

Antoine Foucher, le « fusible »

guillemets_Gris30Ces tensions ont contribué au départ, cet été, d’Antoine Foucher, directeur général adjoint du Medef chargé du social. Officiellement démissionnaire, le jeune permanent de l’institution était perçu comme « arrogant » par les opposants à M. Saubot, au point que ceux-ci auraient fini par réclamer sa tête à Pierre Gattaz, le président du Medef.

« Il a servi de fusible. La situation était compliquée pour lui car il connaissait mieux les sujets que certains élus, mais il a manqué de souplesse et était dévoué corps et âme à la ligne UIMM », explique un membre du conseil exécutif.

guillemets_Gris30Une ligne jugée trop tendre envers le gouvernement. De quoi accréditer la thèse selon laquelle une partie du Medef ne veut plus négocier avec lui, préférant miser sur la victoire en 2017 de la droite, qui lui serait, par nature, « plus favorable ». « Ceux qui discutent avec le gouvernement sont vus comme des dupes ou des naïfs par une partie du monde patronal », analyse une source au sein de l’exécutif. C’est simple, enchaîne un allié de M. Saubot, « il y a ceux qui se soucient de l’intérêt général et ceux qui défendent les appareils ».

Pierre Gattaz affaibli

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Et Pierre Gattaz, dans tout ça ? Certains considèrent qu’il a perdu le contrôle de son organisation :

« Il n’a plus d’autorité et se retrouve à suivre le mouvement majoritaire car il a une hantise, être mis en minorité. »

guillemets_Gris30D’autres pensent qu’il s’est lui-même placé dans une situation délicate lorsqu’il a inscrit dans les statuts le principe d’un seul mandat, ouvrant ainsi la voie à une guerre de succession précoce.

« La crise au Medef est assez profonde, souligne une autre source gouvernementale. Ses dirigeants témoignent d’un assez faible sens du collectif et leur base se rétrécit. Les grands groupes ont tendance à s’en détourner, au profit de l’AFEP [Association française des entreprises privées]. Et les start-up ainsi que les sociétés innovantes se fichent de ce qui s’y passe… » Peut-être est-ce là le vrai problème.

***Sarah Belouezzane

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