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Valls, Montebourg, Macron… ressortez les Colt !

6 décembre 2016 - ACTUALITE, FRANCE, GEOPOLITIQUE, MEDIAS, POLITIQUE, SOCIETE
Valls, Montebourg, Macron… ressortez les Colt !

“O.K. Corral” c’est fini: la politique manque de sel

guillemets_Gris30Malgré les objurgations de Jean-Christophe Cambadélis (mais y a t-il encore quelqu’un pour écouter ce que dit Cambadélis ?), Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon joueront la présidentielle sans passer par la case Primaire : « Quand on prétend présider aux destinées d’un pays, on n’est pas là pour s’enfermer dans des querelles de clans », a expliqué le leader de En marche au JDD ce week-end. Et d’ajouter : « Cette primaire, c’est OK Corral ! »

guillemets_Gris30Un rapide sondage auprès de mes élèves de classes prépas m’a permis de constater que la référence leur échappait. OK Corral ? Ils sentent bien qu’il y a là une référence, mais laquelle ? Aucun d’entre eux n’a vu les diverses adaptations du duel qui en 1881 vit s’affronter à Tombstone, Arizona, les Earp et les Clanton. Ni Law and order (Edward L. Cahn, 1932), un peu oublié, ni la Poursuite infernale (My Darling Clementine, John Ford, 1946, avec un Henry Fonda finement moustachu et terriblement patient devant Linda Darnell — et Victor Mature en Doc Holliday un peu à contre-emploi, parce que personne ne pourra jamais croire que Mature, presque plus large d’épaules que moi, était tuberculeux). Ni Règlement de comptes à OK Corral (John Sturges, 1956, au plus fort de l’association Lancaster-Douglas, avec Denis Hopper et Lee Van Cleef dans de petits rôles — Lee Van Cleef, déjà repéré quatre ans auparavant dans High Noon, où il se fait abattre par Gary Cooper, pas encore engagé par Leone dans Pour quelques dollars de plus — 1965 — ou le Bon, la Brute et le Truand, l’année suivante), ni Sept secondes en enfer(John Sturges encore, 1967, Jason Robards y faisait un Doc Holliday grandiose), ni même Tombstone(George Pan Cosmatos, 1993, où Kurt Russell s’était greffer la moustache du vrai Wyatt Earp de 1881) ou Wyatt Earp (Lawrence Kasdan, 1994) où Kevin Costner dilapida ses économies.

Ce n’est plus le règne du Colt, c’est celui de la peau de banane.

guillemets_Gris30Macron, apparemment sait de quoi il parle. « La gauche est éliminée du second tour depuis dix-huit mois ! Il n’y en a pas un qui va au second tour ! Pas un ! Quand bien même cette primaire se passerait bien, le vainqueur n’y arriverait pas. Si Arnaud Montebourg sort de la primaire, vous pensez que Valls le soutiendra ? Si Manuel Valls gagne, pensez-vous que les soutiens d’Arnaud Montebourg ou de Benoît Hamon iront derrière lui ? » J’ai dans l’idée qu’il ne se fait guère d’illusions sur la bonne volonté de cow-boys de la rue de Solferino pour soutenir un autre champion qu’eux-mêmes. Ce n’est plus le règne du Colt, c’est celui de la peau de banane.

guillemets_Gris30Si Manuel Valls gagne, pensez-vous que les soutiens d’Arnaud Montebourg ou de Benoît Hamon iront derrière lui ? » J’ai dans l’idée qu’il ne se fait guère d’illusions sur la bonne volonté de cow-boys de la rue de Solferino pour soutenir un autre champion qu’eux-mêmes. Ce n’est plus le règne du colt, c’est celui de la peau de banane.

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guillemets_Gris30Que s’est-il passé avec la culture du western ? Nous jouions aux cow-boys et aux Indiens à la sortie de l’école — je faisais invariablement l’Indien, et je mourais avec grâce, accablé sous les balles des Tuniques bleues. C’est fini.
Mes élèves ont comme (piètre) excuse le fait que tous ces films, même les plus récents, sont sortis avant leur naissance, et que la télévision n’en passe plus guère — et c’est une carence qu’il faudrait analyser, j’y reviendrai peut-être. Quelque chose aujourd’hui ne correspond plus à l’esthétique violemment kantienne du western, où l’on fait ce que l’on doit, quelles qu’en soient les conséquences. Et qui que l’on soit — un fermier criblé de dettes, comme dans 3h10 pour Yuma première version, ou des truands revenus de tout, comme dans la Horde sauvage : « Let’s go — Why not ? » — et ils partent dans l’ultime fournaise mexicaine. Oui, le western était un genre moral, où le héros n’était tel que parce qu’il se rangeait sous les fourches caudines de l’éthique la plus étroite.
Aujourd’hui, trop d’individualisme a tué l’héroïsme (le vrai héros n’est pas un grand homme, il est un collectif à lui seul). Restent à la rigueur des super-héros ou des apprentis-sorciers, les uns et les autres débarrassés de tout rapport au réel, mais ces affrontements d’homme à homme (voir le duel final de Coups de feu dans le sierra, l’un des premiers westerns de Peckinpah), où l’on peut se prendre une bonne balle dans un endroit sensible, c’est terminé — et Macron en témoigne. Loin de lui la tentation de donner ou de prendre des coups : bien à l’abri dans la forteresse que lui ont construite les banquiers qui le soutiennent, il ne va pas prendre le risque de se faire casser la gueule par Gérard Filoche, qui est assez costaud pour en tordre trois comme Macron d’une seule main. La primaire de la droite s’est faite à fleurets mouchetés, dès le soir du premier tour ils se rejouaient tous « Embrassons-nous, Folleville ». Evidemment, Labiche est moins saignant que Sturges. Et l’allusion venimeuse moins décisive qu’un calibre 45. Les folliculaires notent les petites phrases, là où les croque-morts comptaient les cadavres.

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guillemets_Gris30Non seulement le western est un genre rangé dans les oubliettes des cinémathèques — et c’est bien dommage, c’était notre dernier lien avec l’épopée —, mais dorénavant on contourne soigneusement les conflits, on biaise, on s’arrange, on évite. On essaie de nous faire croire que c’est de l’habileté, quand il s’agit, tout au plus, de lâcheté. Et si l’on débat, les conseillers-image seuls s’étripent, pour obtenir que leur candidat soit à droite ou à gauche, et pas sous le projecteur. Atmosphère ouatée. Sous prétexte de politesse fielleuse, on élimine ce qui faisait le sel de la politique — la possibilité d’y laisser la peau. C’est sans doute parce qu’ils s’entendent fort bien, entre eux, pour écorcher la nôtre.


**** Jean-Paul Brighelli

PS. Je viens d’interroger Bertrand Tavernier, admirable connaisseur du cinéma américain, sur la question. Et, me dit-il, « les primaires, c’est le contraire de OK CORRAL où deux clans s’affrontaient, les Clanton et les Earp — selon Burnett, les Démocrates et les Républicains —, sans qu’à l’intérieur des clans on se tire les uns sur les autres. C’étaient deux familles qui ne se faisaient pas de traîtrises. » Ce n’est même plus la logique du clan qui prévaut : c’est celle du chacun pour soi, et tout pour ma gueule.

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