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A l’ère de Trump, difficile pour les noirs de gérer les émotions des blancs

10 décembre 2016 - ACTUALITE, CULTURE, INTERNATIONAL, JUSTICE, MEDIAS, MONDE, POLITIQUE, SAVOIR VIVRE, TEMOIGNAGE
A l’ère de Trump, difficile pour les noirs de gérer les émotions des blancs

Une conversation entre journalistes et intellectuels noirs sur leurs relations avec les progressistes blancs.

 

guillemets_gris30Le mois dernier, une femme a twitté le malaise que lui inspirait un dessin du New Yorker en disant: «J’aimerais bien savoir ce qu’en pensent des gens de couleur, tout particulièrement @GeeDee215.» Le pseudo Twitter en question est celui de Gene Demby, co-présentateur du podcast Code Switch diffusé par le site NPR (et, pour ne rien vous cacher, un ami à moi), qui n’a pas été très content d’être ainsi désigné par cette femme qu’il ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam.

 

guillemets_gris30(Le tweet a été effacé depuis, mais comme pour tout ce qui est posté sur Internet il a été conservé sous forme de capture d’écran par au moins une personne qui suivait la conversation). Il a été suivi d’un dialogue sérieux entre Demby et ses followers, sur les frustrations engendrées par le fait d’être un intellectuel en vue, spécialiste de politique et des questions raciales, c’est-à-dire par le fait d’être constamment importuné par les questions de blancs sortis de nulle part qui ne se sont pas donné la peine de faire la moindre recherche préalable ou, comme le résume Demby, de servir de «confesseur racial» aux blancs. Le dialogue a aussi porté sur la manière dont les progressistes blancs peuvent être de meilleurs alliés des personnes de couleur.

J’ai récemment demandé à Demby, à mon collègue de Slate Jamelle Bouie et à la professeure de sociologie Tressie McMillan Cottom de développer leurs réflexions nées pendant cette conversation Twitter, et nous avons eu une discussion sur Slack. Voici un extrait condensé et édité de cet échange.

—Aisha Harris

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***

Gene Demby: Les émotions ont été à vif ces derniers temps, et les gens ressentent tout un tas de trucs à notre sujet, comme me l’a dit un de mes collègues.

Aisha Harris: C’est tout à fait ça, non? On dirait que depuis les élections, les émotions des blancs sont vraiment à vif, comme des plaies ouvertes, ce qui n’était peut-être pas le cas avant? En tout cas c’est comme ça que je le ressens—ce sketch diffusé par SNL le soir des élections avec Chappelle et Rock semble un peu trop stéréotypé, mais il tapait quand même dans le mille: beaucoup de «gentils progressistes blancs» sont en état de choc, et même quand ils ont les meilleures intentions du monde, ce sont quand même les gens de couleur qui se retrouvent à porter ce fardeau.

Le plus gros boulot des noirs, c’est de gérer les émotions des blancs

Tressie McMillan Cottom: Oh que oui. Le plus gros boulot des noirs, c’est de gérer les émotions des blancs. Ils sont en proie à des émotions très fortes en ce moment et ça nous retombe dessus au centuple. Et nos divers degrés de privilèges individuels limitent notre capacité à repousser leurs émotions. Donc il y en a partout.

Jamelle Bouie: Tu en as déjà parlé, Tressie, mais pour beaucoup de lecteurs et de followers blancs, nous sommes les seules présences noires un peu régulières dans leur vie. Et donc il y a comme une attente que nous soyons là pour les aider à gérer leurs émotions, qu’il s’agisse d’appels à espérer ou d’exutoire à leur colère.

Tressie McMillan Cottom: Le Fameux Ami Noir. Mon entourage s’amuse à me dire que je suis probablement l’amie noire de la moitié des blancs qui mentent en disant qu’ils en ont un. Leur autre ami noir c’est Ta-Nehisi Coates.

Jamelle Bouie: Qui, il faut le souligner, s’est pris une volée de bois vert lorsqu’il a affirmé ouvertement que non, il n’était pas leur «ami noir».

Tressie McMillan Cottom: Eh bien, Jamelle, tu as fait l’andouille et tu avais une expertise dans ce qu’ils considéraient comme leur domaine de spécialité: la science politique. Ce qui a rendu le retour de bâton très particulier pour toi, j’imagine.

Aisha Harris: Cette conversation a eu lieu sur Twitter après que quelqu’un, une femme blanche, a twitté qu’elle se sentait «réfractaire» à un dessin du New Yorker et qu’elle voulait savoir «ce qu’en pensaient les gens de couleur, et vous tout particulièrement»: toi, Gene. Elle t’a interpelé directement.

Gene Demby: Oui elle m’a interpelé et j’ai été un peu mordant avec elle—plus que je ne l’aurais dû peut-être—parce que j’avais l’impression que c’était la 400e requête de ce genre de la part de quelqu’un qui me demandait de donner un sens à ses émotions. Et pour rebondir sur ce qu’a dit Jamelle, nous sommes réellement les seuls noirs que «connaît» un bon paquet de gens. Je pense à cette étude de Robert P. Jones menée au Public Religion Research Institute qui révèle que 75% des blancs n’ont aucun ami non-blanc.

Tressie McMillan Cottom: Je DÉTESTE ces interpellations à grands coups de @. Je les ignore et même parfois maintenant je les bloque. «Je me demande ce que dirait Tressie!» Tressie dirait que tu lui dois 5$.

Aisha Harris: Ils s’interrogent sur quel genre de trucs?

Tressie McMillan Cottom: Ce qui revient le plus souvent pour moi c’est quand ils ont lu un truc écrit par un(e) noir(e) qui ne voit pas les choses comme moi. Alors ils veulent une opinion officielle noire et singulière pour arbitrer. Ça donne «OMG Ta-Nehisi a dit que C’ÉTAIT des réparations et vous avez dit que cela n’en était pas!» 

Aisha Harris: Mon Dieu. Ça m’est déjà arrivé à moi aussi—on a aussi l’impression qu’ils sont en train d’essayer de nous monter (nous les noirs) les uns contre les autres. Ou alors ils sont juste terriblement surpris que deux noirs puissent avoir deux opinions différentes.

Tressie McMillan Cottom: C’est tout à fait ça… et je refuse… Ou alors ils viennent de découvrir quelque chose de «nouveau» sur la question raciale ou la couleur de peau/la classe/le genre et ils veulent savoir quoi penser. Le plus récent c’était un truc sur les électrices noires.

Une fois que vous avez atteint un certain niveau de visibilité en tant qu’auteur noir, pour certaines personnes nous devenez un genre de substitut à Martin Luther King

Jamelle Bouie: On me demande souvent des conseils ou des recommandations sur la manière de réussir le processus de «guérison raciale», comme si je possédais ou que j’avais manifesté une expertise particulière. Comme le dit Tressie, une fois que vous avez atteint un certain niveau de visibilité en tant qu’auteur noir, pour certaines personnes nous devenez un genre de substitut à Martin Luther King.

Tressie McMillan Cottom: Ils se sentent vraiment en sécurité avec toi, Jamelle.

Jamelle Bouie: Oui, il y a un certain de niveau de confort avec moi qui est compréhensible, mais qui débouche aussi sur une vraie colère quand je rappelle à mes lecteurs que je suis noir et que j’ai vécu toute ma vie entouré de noirs.

Gene Demby: En tant que média, Twitter floute cette idée de l’amitié—c’est un espace informel donc parfois les gens s’emmêlent les pinceaux. Je l’ai encore plus remarqué depuis le lancement du podcast Code Switch. C’est l’intimité de ce média qui explique sa puissance; vous êtes chez les gens pendant qu’ils font leur ménage, et dans leurs oreilles dans les transports. Ça fait au moins 8 ans que j’écoute le Gabfest de Slate, et parfois j’oublie que je ne connais pas vraiment Emily Bazelon dans la vraie vie. Mais oui, c’est comme ça qu’on se retrouve avec des gens qui dénichent votre adresse mail perso, pas professionnelle, et vous envoient de longs mails pour expliquer pourquoi, depuis les élections, ils portent une épingle à nourrice [symbole de solidarité avec les minorités depuis l’élection de Trump, le mot anglais safety pin indiquant une notion de sécurité à destination de ceux qui se sentent menacés ndt]—et c’est vraiment arrivé.

Bouie: J’hallucine.

Tressie McMillan Cottom: Oh, je reçois des mails épiques. Ils comportent en plus une dynamique genrée, où on attend des femmes noires qu’elles accouchent les femmes blanches en crise. Par exemple, je soupçonne que vous les gars vous recevez des mails inappropriés qui vous disent à quel point vous êtes bêtes, ou qui font appel à votre amitié fictive. Moi je reçois ça, et des mails sur leurs relations personnelles avec des hommes noirs, leurs enfants métis, leurs anciennes nounous noires et leur espoir de pouvoir parler de ça «de femme à femme» parce que les femmes noires n’ont pas leur pareil pour endosser le rôle d’amie culottée. Une femme m’a envoyé des photos de ses enfants à moitié noirs. Une autre a essayé de me convaincre d’envoyer un mail à son petit ami noir pour prouver qu’elle avait de bonnes références raciales.

Bouie: Je reçois parfois des mails de gens qui décrivent leur identité et leurs relations avec les noirs, et même dans les mails haineux que je reçois, les lecteurs semblent vouloir mettre l’accent sur leurs relations avec les gens de couleur. En citant absolument toutes les personnes de couleurs auxquelles ils peuvent penser.

Demby: Et on dirait qu’ils se livrent à un genre de surenchère raciale, pas vrai Jamelle? Une dame noire et moi parlons quelquefois dans les transports en commun! Ça fait de vous des amis ça? Reconnaître l’existence d’une personne noire ne revient pas être son ami.

Harris: C’est quelque chose que je trouve vraiment intéressant—cette dichotomie entre la lecture/les médias sociaux et les expériences de la vie réelle. En fouillant dans les nombreuses réponses de ce fil Twitter, j’ai remarqué que de nombreux intervenants débattaient pour savoir si oui ou non il suffit juste de lire Coates, Baldwin, d’écouter Code Switch, etc. (personnellement je pense que non).

Demby: Je pense qu’une des choses que soulèvent à la fois Jamelle et Tressie c’est la prémisse de départ de la question, non? Je veux avoir une conversation avec vous, mais avant j’ai besoin qu’on me garantisse que sa conclusion sera d’un optimisme aussi large qu’irréaliste.

Bouie: Exactement. Ce qui signifie que ce n’est pas tant une conversation qu’une requête de validation émotionnelle.

Les lecteurs blancs demandent l’absolution

McMillan Cottom: L’absolution. Les lecteurs blancs demandent l’absolution. Ils veulent aussi gérer tous les risques des contacts interraciaux d’une manière totalement inaccessible aux groupes de minorités. C’est vraiment une question de privilégiés.

Harris: C’est peut-être une comparaison horrible, mais ça me fait penser sous certains côtés à ces jeunes étudiants ou qui viennent juste de sortir de la fac et qui vous demandent s’ils peuvent prendre un café avec vous, comme ça d’un coup.

Demby: En réalité c’est une comparaison GÉNIALE.

Bouie: Ah oui vraiment.

McMillan Cottom: C’est ça. Une hypothèse de proximité qui n’est pas également partagée.

Surtout pour Jamelle et Gene, je crois que ces gens pensent qu’ils sont des amis alors qu’en fait ce sont des fans. Les médias sociaux ont fait s’écrouler les différences. Et puis ça se reflète de façon altérée à travers des hypothèses racistes sur les noirs en général et les hommes noirs en particulier.

Demby: Tressie, tu peux développer?

McMillan Cottom: Si le support était un livre ou quelque chose comme ça, les gens seraient moins enclins à penser que vous êtes «amis.» Les médias sociaux vous donnent une épaisseur. On a des aperçus de ton humour, de ta vie personnelle, etc. Pour les blancs, ça procure juste la dose suffisante de familiarité vis-à-vis d’un groupe qu’ils estiment généralement être super-dangereux. Cela rehausse l’attrait de l’idée que vous êtes amis.

Demby: Oui, c’est cohérent. Et il y a une foule de conversations Twitter auxquelles je participe qui ne portent pas sur la question raciale—la NBA, la série Insecure, d’autres trucs—qui sans l’ombre d’un doute lui donnent un côté informel. Des gens m’ont twitté pour de vrai—et ont envoyé des mails à NPR—pour se plaindre que ça les ennuyait que je twitte sur le sport. «Ce n’est pas pour ça qu’on te suit.» Autrement dit, «Parle racial ou CASSE TOI!»

McMillan Cottom: Tu es celui qui murmure à l’oreille du racisme!

Harris: Est-ce que vous aussi vous vous sentez frustrés, d’une certaine façon, purement en tant qu’auteurs professionnels? Dans le sens où, dans une certaine mesure, vous espérez que votre travail peut parler de lui-même, et que vous ne devriez pas avoir à expliquer davantage que ce que vous avez déjà écrit, ou sur quoi vous vous êtes volontairement étendu sur Twitter/dans les podcasts, etc.?

McMillan Cottom: Ho oui, Aisha! Tout le temps, oui.

Les gens me contactent pour me poser des questions dont ils peuvent facilement trouver la réponse… dans mon travail

Bouie: Oh que oui. Je pense être assez clair dans mon travail. Et pourtant les gens me contactent pour me poser des questions dont ils peuvent facilement trouver la réponse… dans mon travail.

McMillan Cottom: Tu es clair. Je pense que nous le sommes tous, la plupart du temps. À mon avis, ce n’est pas que les lecteurs ne sont pas sûrs de comprendre ce que nous avons dit. C’est que ce qu’ils ont lu, ou entendu, leur a fait ressentir une émotion.

Harris: D’après ma propre expérience, et en étant témoin de la vôtre sur Twitter dans des circonstances diverses, il semble qu’ils pensent pouvoir vous faire changer d’avis sur ce que vous avez écrit. (Ou vous faire admettre que vous êtes un imposteur!)

Bouie: Ha. Je ne sais pas comment c’est pour vous, mais le nombre de gens qui veulent me faire dire que je suis un imposteur est ahurissant.

McMillan Cottom: LOL je passe mon temps à dire aux gens sur la machine Twitter que le seul moyen de nous mettre d’accord serait que je convienne que je suis idiote. Même pas en rêve mon pote. Jamais.

Bouie: Le mail que je reçois le plus souvent est une variation de «vous n’êtes qu’un noir de service qui ne mérite pas ce qu’il a.»

McMillan Cottom: Je vois ça. Là encore on rivalise avec eux d’une manière très particulière. On parle leur langue. Et ils deviennent méchants quand on la parle différemment. Ça m’arrive quand je fais des trucs économiques. La transgression c’est que si tu te mets à faire de «vraies» sciences sociales ou de la vraie écriture, alors tu ferais mieux de t’aligner sur leur opinion. C’est en te retirant tes qualifications qu’ils te rappellent que tu es noir.

Demby: Je trouve ceux qui te traitent d’usurpateur plus faciles à gérer que ceux qui veulent ton point de vue TOUT DE SUITE. Les trolls, ça se bloque. Mais les autres ils ne savent pas se tenir, et ils sont bieeeeen plus nombreux.

Harris: Donc, disons que quelqu’un lit ton travail, mais se trouve avoir un ou des ami(s) noir(s) avec qui ils ont envie d’en discuter. Est-ce que vous plaignez ce ou ces ami(s) noir(s)? Pensez-vous qu’il soit préférable que cette personne parle de ces choses avec quelqu’un avec qui il ou elle a déjà une relation concrète et bien établie, ou et-ce que vous pensez qu’il ou elle ne devrait pas balancer ce fardeau sur les épaules d’un(e) noir(e)? (Ou plus généralement d’une personne de couleur?)

Bouie: Je crois qu’il est préférable pour eux d’avoir une relation concrète et bien établie dans laquelle ils savent qu’ils pourront éventuellement se faire envoyer bouler. Je pense que les gens doivent accepter qu’une conversation honnête ou ouverte sur la question raciale peut déboucher sur un savon.

McMillan Cottom: À cause de cette histoire de surenchère raciale dont Gene a parlé, je ne suis pas encline à penser que l’ami noir est un bon point de départ. Je suis plus intéressée par les amis blancs des noirs. Ceux que NOUS estimons être nos amis. Il faudrait inviter ces gens à parler. Les autres ne sont pas prêts à avoir une vraie discussion. J’ai des amis blancs assez proches pour se permettre de ne pas être politiquement corrects avec moi. Je les y autorise. Un blanc qui pense que nous sommes amis juste parce que nous partageons un bureau au travail, ça ne compte pas. Le vrai défi semble être d’inciter les blancs à la proximité sociale et ensuite d’aborder la difficile tâche de parler de la question raciale. Pfiou.

Harris: Ça justement—le fait de vraiment socialiser avec des gens de couleur—c’est là je crois que se trouve une bonne grosse partie de la déconnection. Ce qui nous ramène à la raison pour laquelle les gens ressentent le besoin de demander à des personnes de couleur qu’ils n’ont jamais vues de leur vie de gérer ce qu’ils ressentent.

McMillan Cottom: C’est précisément parce qu’ils ne les ont jamais rencontrées qu’ils se sentent à peu près en sécurité. Voilà le calcul, je pense: ils imaginent que le racisme nous empêchera de les insulter ou de les faire se sentir vulnérables. La majorité blanche autour de nous, la police qui sert leurs intérêts, etc. Peut-être que le sentiment de sécurité est moins fort dans une relation intime où ils se sentiraient plus partagés à l’idée de faire appel à ce racisme pour contrôler l’interaction? J’y pense depuis que cette femme sur Twitter a dit à Gene (et à moi, indirectement) qu’elle ne pouvait pas en parler à ses amis noirs sans s’attirer des problèmes, et que donc il fallait qu’elle lui demande, à lui.

Harris: Est-ce que c’est la même femme qui a déclenché ce fil de discussion? (et oui, tout semble moins dangereux derrière le confort d’un écran).

Demby: Cette dame a dit, de façon explicite, qu’elle voulait parler de la question raciale, mais qu’elle, en tant que femme blanche—ce sont ses mots—devait s’assurer qu’elle était en sécurité. J’imagine que j’ai apprécié sa franchise…

McMillan Cottom: Heu, elle aurait mieux fait d’être franche et silencieuse.

Harris: Mais c’est là le hic—chaque fois qu’on leur dit ça, ils l’utilisent comme une excuse, que quand ils essaient d’être honnêtes, ils se font immédiatement «descendre en flammes» ou un truc comme ça. Et ils se mettent dans tous leurs états.

McMillan Cottom: Exactement! «Mais j’ai essayé une fois en quatrième!» Ça m’énerve tellement.

Demby: C’est un état de fait que nous estimons acquis cependant. Cela fait un bon moment qu’on y réfléchit—tant dans nos vies professionnelles que personnelles. Tressie a cinq diplômes dans le domaine!

McMillan Cottom: Deux seulement, monsieur je-sais-tout. Et oui—je ne peux pas me permettre d’accepter du travail en plus étant donné que je suis déjà sous-payée pour ce que je fais. Ça suffit la double peine!

Nos vies pâtissent d’un niveau de stress racial que les blancs ne pourraient tout bonnement pas supporter

Bouie: C’est vrai. Je disais justement à quelqu’un il y a peu que les gens sous-estiment largement à quel point nos vies pâtissent d’un niveau de stress racial que les blancs ne pourraient tout bonnement pas supporter.

Demby: Et nous avons des conversations avec des gens qui sont parfois bien intentionnés et qui commencent juste à s’aventurer sur ce terrain et à se colleter avec ces idées. Et donc c’est difficile de trouver par où commencer, parce que nous n’en sommes pas au même stade.

Bouie: En outre, il y a souvent la demande implicite que nous établissions l’hypothèse de leur innocence raciale.

Harris: Cette «innocence» est simplement de l’ignorance délibérée dans 99% des cas je dirais. Et pour revenir à l’idée de Gene sur le fait que nous n’en sommes pas au même stade, j’ai une dernière question pour tout le monde: comment gérer au mieux les personnes bien intentionnées qui sont déjà dans nos vies (et pas des fantômes Twitter/FB) sans les faire fuir mais sans trop vendre notre âme au passage? Parce que c’est épuisant, évidemment, d’être le confesseur racial. On n’est pas des prêtres ou des thérapeutes—on n’a pas signé pour ça.

McMillan Cottom: Eh bien pour moi c’est un peu différent. Mon job est d’enseigner aux ignorants volontaires, dans une certaine mesure. Mon travail principal c’est de donner des cours sur les questions raciales. Je refuse de l’enseigner dans ma vie personnelle ni même à mes collègues ou à mes pairs. C’est un privilège de mon travail ceci dit. Je peux revendiquer à moitié légitimement que mes collègues sont responsables de leurs connaissances sur ce sujet, ce qui ne serait pas possible si je faisais un autre travail. Une des conditions préalables si vous voulez être mon ami, c’est que vous ne pouvez pas faire la chochotte sur les sujets qui pour moi sont une question de vie ou de mort. Si le fait que je parle honnêtement du racisme est trop pour vous, alors on ne peut pas être amis. Et dans mon rôle public, j’ai évolué sur ce sujet. Je ne dois pas plus de bonne foi aux gens que celle dont ils sont prêts à faire preuve envers moi. Et une partie de cette bonne foi consiste à aller sur Google avant de me faire perdre du temps, parce que vous estimez que moi et mon temps avons de la valeur.

Ma maman disait toujours que tant que les gens ne posent pas la bonne question, ils ne sont pas prêts à entendre la bonne réponse. Si vous me posez une question d’ordre général, vague et bête comme chou, alors vous n’êtes pas prêt à recevoir la réponse sérieuse de quelqu’un de sérieux.

Bouie: C’est une approche que je vais peut-être devoir adopter.

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