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La légalisation du cannabis, enjeu inattendu de la primaire à gauche

22 décembre 2016 - FRANCE, INFORMATION, JUSTICE, MEDIAS, OPINION, PEOPLE, POLITIQUE
La légalisation  du cannabis, enjeu inattendu de la primaire à gauche

La plupart des candidats à la primaire à gauche sont favorables à une légalisation ou dépénalisation de la consommation de cannabis, au nom de la lutte contre la délinquance. Seuls Manuel Valls et Arnaud Montebourg sont hostiles à toute évolution législative.

Un nuage de fumée enveloppe le Parti socialiste. Lors de la « primaire citoyenne » de 2011, Jean-Michel Baylet s’était attiré les foudres de ses adversaires après s’être prononcé en faveur d’une légalisation du cannabis. Le ministre de l’Aménagement du territoire, alors inconnu du grand public, avait été dépeint par les humoristes et imitateurs comme un adepte de la fumette à l’image peu sérieuse.

Cinq ans plus tard, la donne a changé. Cinq des sept candidats à la primaire à gauche prônent la fin de la répression envers les 1,2 million de fumeurs réguliers de marijuana. Le casting de la cuvée 2017 de la primaire n’est pas étranger à cette évolution. Deux écologistes – François de Rugy et Jean-Luc Bennahmias – sont en lice, tandis que la gauche du PS, traditionnellement tolérante sur le cannabis, est fortement représentée.

Ce jeudi, la présidente du Parti radical de gauche Sylvia Pinel a défendu sur France 2 une légalisation « encadrée » du cannabis. Une question de « santé publique » selon l’ex-ministre du Logement, qui rappelle que « les drogues sont souvent trafiquées » et « dangereuses ». A gauche, les partisans de la légalisation insistent sur l’enjeu sécuritaire de cette mesure.

« Tuer le trafic »

Donner un cadre légal à la consommation de cannabis permettrait selon eux d’assécher le trafic et d’enrayer la délinquance. « Je préfère tuer le trafic plutôt qu’il tue des jeunes dans nos territoires », a lancé Benoît Hamon le 8 décembre dernier lors de l’Emission politique sur France 2. Partisan de la légalisation, le troisième homme de la primaire souhaite utiliser l’argent de la répression pour financer une politique de prévention des addictions, calquée sur les campagnes anti-tabac et anti-alcool menées dans les collèges et lycées.

Une opinion partagée par les deux écologistes de la campagne. « Le principe facteur de criminalité organisée est le trafic de cannabis », a lancé lundi François de Rugy sur Europe 1, qui souhaite que les buralistes soit autorisés à commercialiser du cannabis. « Les bureaux de tabac font tout ce qui va avec le cannabis, sauf le cannabis », a-t-il ironisé.

De son côté, Jean-Luc Bennahmias s’appuie sur son expérience de résident marseillais, cité régulièrement endeuillée par des règlements de compte. « Ces assassinats cesseraient en partie s’il n’y avait pas de trafic qui produit des ressources financières très importantes dans une production illégale », confiait-il sur RTL au début du mois. Loin d’une approche purement libertaire, les soutiens de la légalisation revendiquent une proposition « pragmatique », aux effets sécuritaires et sanitaires bénéfiques.

« Débat maîtrisé, calme et serein »

Plus mesuré sur le sujet, Vincent Peillon n’a pas oublié ses déboires lors de son entrée au gouvernement. En octobre 2012, l’ex-ministre de l’Education s’était prononcé à demi-mot en faveur de la dépénalisation du cannabis, déclenchant un des premiers couacs du quinquennat. Le philosophe a plaidé vendredi sur BFMTV pour un « débat maîtrisé, calme et serein » sur la question, sans se prononcer sur une éventuelle légalisation ou dépénalisation.

Dans la compétition, deux impétrants demeurent hostiles à toute évolution législative. Pour Manuel Valls, pas question de s’engager sur le chemin de la libéralisation. « J’ai la conviction que toute société doit savoir fixer des interdits. Je crois que la consommation du cannabis, parce qu’elle a un impact sur la santé publique, doit en rester un », confiait-il en avril à Libération.

Arnaud Montebourg, opposé à toute dépénalisation, ne dit pas autre chose. Une manière pour l’ex-ministre de l’Economie de marquer sa différence avec Benoit Hamon, qui représente comme lui de l’aile gauche du parti.

**** Paul Chaulet,

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