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Pour mon amour

23 décembre 2016 - ACTUALITE, CULTURE, DIVERTISSEMENT, FRANCE, HISTOIRE D'AMOUR, IDEE RECUE, INSOLITE, MANAGEMENT, MEDIAS, SAVOIR VIVRE
Pour mon amour

Chers amis,

Parfois, on me demande quels sont mes sites favoris pour trouver des infos, sérieuses ou rigolotes. Du contenu comme on dit. En fait, il n’y en a plus vraiment –à part une catégorie de sites que j’affectionne particulièrement et sur lesquels je trouve des infos pas vues ailleurs: la PQR (presse régionale quotidienne).

C’est comme ça que l’autre jour, mon œil a été irrésistiblement attiré par ce titre «Un homme meurt après avoir été agressé par une jeune fille qu’il importunait».

L’agencement des mots était tout bonnement incroyable.

L’histoire s’est déroulée le 2 décembre dernier. C’était un vendredi –soir de sortie alcoolisée– vers 22 heures. Une fille de 18 ans attend le tram à l’arrêt de la place de la Victoire à Bordeaux. Un trentenaire aviné vient la faire chier. En règle général, dans ce cas-là, on détourne les yeux, on prend cette expression particulière que les filles apprennent très tôt, une espèce de vide total sur le visage, comme un robot débranché, comme si on n’avait pas compris que le mec bourré s’adressait à nous. Et intérieurement on compte combien de temps il reste avant que le tram arrive. Bref, on subit. Quand le mec insiste, on finit parfois par lui dire de nous lâcher, avant de se remettre en mode veille.

Mais pas cette fois. Cette fois, quand le mec a commencé à lourdement l’emmerder, la fille de 18 ans n’est pas entrée en mode veille. Elle a poussé le mec par terre (bah oui, en fait, un mec bourré ça ne tient pas très droit sur ses pieds), ensuite elle a pris ses chaussures à talons et elle l’a marave. Elle l’a passé à tabac avec son talon, dont plusieurs coups portés à la tête. Le mec est tombé dans le coma. Les témoins ont appelé les secours. Le mec a été hospitalisé. La fille a été placée en garde à vue pour tentative d’homicide.

Puis l’homme est mort. Les faits pourraient être requalifiés en homicide, selon les résultats de l’autopsie.

Pour l’instant, on a très peu d’éléments sur les faits, voire les antécédents de chacun. Est-ce que la fille avait déjà eu des comportements violents? Ou a-t-elle elle-même été victime d’agression?

Je n’en sais rien. Mais ce que je sais, c’est qu’on a toutes vécu le début de la scène. Et personnellement, j’ai déjà fantasmé sur le fait de défoncer la gueule du mec qui m’emmerdait. Pourquoi se croit-il autorisé à me parler, à me toucher, à me bousculer? Simplement parce que je suis une fille, seule, dehors, la nuit. Pourquoi les mecs peuvent être dehors sans avoir à subir ce genre d’agression?

Et puis, il y a le détail des chaussures à talon. Présentées comme un symbole du patriarcat pendant des années, elles délivrent encore aux yeux de certains hommes le message de «elle a mis des talons, elle voulait être sexy, elle voulait attirer l’attention, donc elle veut mon attention». Cette fois, ces mêmes chaussures à talon se transforment en arme meurtrière. (Est-ce qu’un jour les hommes se diront «ah non, elle, elle porte des talons, c’est trop dangereux, je ne m’approche pas»?)  

Mais le détail qui m’interroge le plus finalement, c’est la présence des témoins. Ceux qui disent que la fille a poussé le mec et l’a frappé. Ceux qui ont appelé les secours. Ce sont aussi ceux qui ne sont pas intervenus avant. Ceux qui ont laissé le mec «importuner» la fille, puis la fille donner plusieurs coups à l’homme.

Est-ce que ça n’aurait pas pu être évité? Et quand je me pose cette question, je ne veux pas dire que ça aurait pu être évité si la fille s’était contentée de se laisser emmerder en silence, sans réagir parce que ce n’est évidemment pas une solution. La seule solution que je vois, en attendant de vivre dans une société où les mecs cesseront de croire que les femmes leur sont offertes, c’est l’intervention des autres pour arrêter l’engrenage et possiblement sauver deux vies, puisque l’un est mort et l’autre en prison.

**** Slate et titiou

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