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« La culture n’est plus prise en compte, personne n’en parle »

30 mars 2017 - CULTURE
« La culture n’est plus prise en compte, personne n’en parle »

Jean-Robert L., 60 ans, est directeur du conservatoire de musique de Calais depuis 1991, qui regroupe quatre-vingts personnes, dont une soixantaine de professeurs, pour 1 250 élèves.

Qu’est-ce qui vous préoccupe en ce moment ?

Ce qui me préoccupe le plus, c’est la montée des populismes dans le monde. C’est récurrent, ça ne s’arrange pas. Certaines choses font boule de neige : l’élection de Donald Trump, c’est la porte ouverte à : « Ah ! tiens, ils l’ont fait, pourquoi pas essayer alors ? » Je crains que ce ne soit pas seulement une impression…

Quelle est la dernière chose qui vous a ému ?

Un spectacle de danse de la Compagnie Hervé Koubi présenté au Channel (la scène nationale) à Calais, intitulé Les Nuits barbares ou les premiers matins du monde. Ce spectacle fait beaucoup référence aux échanges, aux différences de cultures, depuis la naissance du monde, la Pangée. La musique et la chorégraphie y sont très bien traitées. Ce sont des intentions, des émotions qui parlent de la naissance des cultures.

La dernière chose qui vous a mis en colère ?

C’est la non-prise en compte de la culture de manière générale. Personne n’en parle. Alors qu’on devrait s’appuyer sur elle pour essayer de sortir de la tentation du repli sur soi identitaire, et ne pas l’occulter. C’est la culture qui fait les frais des coupes claires dans les budgets en ce moment. C’est sensible dans les collectivités, sauf certaines qui la prennent en compte, mais je pense que ce n’est pas suffisant.

Quels sont les trois derniers contenus que vous avez postés sur Facebook ?

J’ai partagé une critique du dernier CD Futurlude du groupe pAn-G, dans lequel joue mon fils Romain, de la musique actuelle. J’ai partagé une chanson de Claude Nougaro, Plume d’ange, en hommage à la mort récente du pianiste de Nougaro, Maurice Vander [le 16 février]. Et le trio de Keith Jarrett, en réaction aux Victoires de la musique, très commerciales, pour faire écouter un peu de musique, vraiment.

La dernière info qui vous a marqué dans l’actualité ?

Les sondages qui donnent les intentions de vote pour le Front national autour de 30 % au premier tour de la présidentielle. Ça m’interroge, ça me fait peur, je me dis que la bête se rapproche, mine de rien, quoi qu’on en dise. La situation est tellement chaotique que tout semble possible.

Qu’est-ce qui vous rend optimiste ?

La jeunesse, sa capacité à échanger et à réagir ; les avancées scientifiques ; et, plus fleur bleue, un lever de soleil dans la nature… Oui, ça me rend plutôt optimiste !

Où vous voyez-vous dans cinq ans ?

C’est l’inconnu. J’arrête de bosser dans six mois. C’est un nouveau projet qu’il va falloir bâtir et vivre. Je n’ai pas de plan. Certaines choses vont se poursuivre au niveau musical bien sûr, la mise en scène de spectacles, ou encore la reprise de L’Opéra de quat’sous, de Bertolt Brecht et Kurt Weill [récemment monté par M. Lay].

Faites un vœu…

Ça existe ça ? Faire un vœu ?

Si vous étiez nous, où iriez-vous, que pensez-vous qu’il faille raconter, quelles questions vous poseriez et à qui ?

J’aimerais me rendre compte de ce qu’est devenue la ville syrienne d’Alep, où je suis allé avant le conflit. Aller à la rencontre des gens qui ont vécu cet enfer. J’aimerais aussi poser la question pourquoi on a laissé détruire cette ville… C’est peut-être Obama qu’il faudrait que j’aille voir ? Pourquoi n’est-il pas intervenu quand Hollande le lui a demandé ? On a tellement espéré une intervention qui puisse stopper le massacre.

C’est quoi pour vous être français ?

Plusieurs choses. La France est un pays et c’est appartenir à cette géographie. C’est une langue aussi. Ça passe par la parole, le chant, l’écriture… C’est un peu piégeux comme question… Il n’y a pas un type de Français pour moi. On est fait d’influences, de rencontres, de mixité, etc. Mes origines sont multiples et variées, enfin c’est une évidence. La notion de culture aussi est importante en France. On peut parler du vin, ça m’intéresse, une multitude de terroirs, de diversités, liés au sol, au climat, aux hommes… Je suis attaché à ça.

Propos recueillis par Anne Guillard, à Calais (Pas-de-Calais), en février 2017.
 Photo : Olivier Laban-Mattei / MYOP pour Le Monde

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