Emplois fictifs ou vraies collaborations – la justice devrait rapidement trancher – ce ne sont pas tant les bénéficiaires (épouse et enfants) qui ont surpris dans l’affaire Fillon que le montant de leurs émoluments : jusqu’à 7.900 euros par mois dans les plus belles années, l’équivalent de cinq Smic ! Alors même, nous rappelle l’Insee, que la moitié des salariés français gagnent moins de 1.772 euros net par mois et que 1% seulement touchent plus de 8.061 euros. Voilà qui permet de mieux comprendre l’effet dévastateur qu’a pu avoir dans l’opinion le « Penelope Gate ».

7.900 euros par mois, un salaire élevé ? Pffff… Pour la centaine de grosses pointures présentes dans notre enquête, mieux vaudrait parler d’argent de poche. Qu’ils soient avocats, patrons du SBF 120, comédiens, banquiers d’affaires, artistes, architectes, basketteurs, directeurs des ventes, greffiers auprès des tribunaux de commerce ou médecins, leurs revenus, pour les moins bien lotis, atteignent au minimum 100.000 euros par an – mais on parle de youtubeurs d’une vingtaine d’années… – et jusqu’à plus de 10 millions pour les gagnants toutes catégories de notre classement, à savoir les sportifs.

Un Tony Parker empoche ainsi chaque année plus de 19 millions d’euros à pousser des ballons dans le panier. En comparaison, la rémunération des plus gâtés de nos chefs d’entreprise fait pâle figure : 16,8 millions pour Olivier Brandicourt, à la tête du géant de la pharmacie Sanofi, et 15,6 millions pour Carlos Ghosn, le pilote de Renault-Nissan. Pour autant, les chiffres révélés par notre palmarès ne sont pas ceux que les intéressés retrouvent sur leur compte en banque. Car selon qu’ils sont payés en salaires, cachets, droits d’auteur, dividendes, factures ou honoraires, leurs cotisations sociales ne sont pas les mêmes. Quant à leur feuille d’impôt, elle peut varier du simple au double. Et l’on ne parle pas des revenus annexes perçus hors de France, comme en bénéficient beaucoup de nos célèbres chefs multi-étoilés, par exemple, grâce à leurs restaurants ouverts à Dubaï ou à Singapour.

Patrick Pouyanné (Total), Joël Robuchon , Grégoire Chertok (Rothschild & Cie) et Paul Pogba (Manchester United) © Marc BERTRAND/CHALLENGES-REA ; Francois Bouchon / Le Figaro ; Jean-Francois PAGA/Leemage ; Marc Atkins/OFFSIDE/PRESSE SPORTS

Il n’empêche. Cet alignement de zéros peut donner le tournis, mais il ne fait pas de la France le paradis des gros revenus. Prenez les banquiers, la profession la plus souvent pointée du doigt dès qu’il s’agit de dénoncer des feuilles de paie excessives. Eh bien, comparés à leurs collègues américains, les nôtres passeraient presque pour des indigents. Selon une étude du « Financial Times » sur les vingt plus grandes banques d’Europe et d’Amérique du Nord, la rémunération moyenne (salaire, bonus et stock-options) des dirigeants yankees a ainsi atteint 20,7 millions de dollars en 2015, contre 10,4 millions pour leurs homologues européens. Et pas un seul nom français ! Même surprise dans notre top 20 des P-DG les mieux payés : ni celui de BNP Paribas, de BPCE ou de la Société générale n’y figurent.

Enfin, aussi indécentes que puissent paraître certaines rémunérations au regard de la vie professionnelle éprouvante et mal rétribuée de millions d’ouvriers et d’employés, elles ne classent pas pour autant la France parmi les pays les plus inégalitaires. L’indice de Gini, qui mesure les écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres, nous plaçait ainsi, en 2014, dans le camp des économies les plus redistributrices de l’OCDE, aux côtés du Danemark, de la Finlande, de la Suède et de l’Allemagne. Loin devant le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

Les salaires des Français en chiffres :