Octave Klaba, 42 ans, est le fondateur et président du conseil d’administration et directeur technique d’OVH, la start-up high-tech créée en 1999.  Ce Roubaisien né en Pologne a déjà imposé OVH comme la star européenne du cloud computing. Roubaix est le cœur de son empire high-tech, qui est en train de s’étendre en implantant des data centers dans le monde entier. Cette année, OVH vise notamment les Etats-Unis : acquisition de vCloud Air et ouverture de ses premiers data centers. interview.

OVH est né en 1999 comme hébergeur de sites Web. Depuis, vous êtes aussi actif dans le cloud computing et les télécoms. Laquelle de ces activités tire aujourd’hui le plus votre croissance ?

Octave Klaba : Dès l’année 2000, nous avons commencé à proposer des services de cloud computing. Et, depuis, notre croissance a été continuellement boostée par cette activité, qui représentait en 2016 la moitié de nos 320 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’hébergement de sites Web pèse environ 30% et les télécoms 20%. Nous sommes aujourd’hui 1.500 salariés, dont 900 à Roubaix. Mais tout cela va changer très vite : nous investissons 1,5 milliard d’euros sur cinq ans pour développer le cloud en ouvrant des data centers à travers le monde, alors que nous étions il y a encore un an quasiment franco-français.

> 1 milliard d’euros : l’objectif de chiffre d’affaires prévu dès 2020

> 300.000 : le nombre de serveurs déployés à la fin de l’année 2017

En 2016, vous avez ouvert des data centers en Pologne, en Australie et à Singapour. 2017, ce sera au tour des Etats-Unis, de l’Allemagne, du Royaume-Uni et de l’Espagne. A quoi correspond cette accélération à l’international ?

Nous allons chercher la croissance partout. En Europe, nous avons déjà des filiales commerciales dans ces pays qui génèrent du chiffre d’affaires. Et nous allons les renforcer avec des data centers locaux en embauchant des équipes sur place pour offrir des services de plus en plus poussés. A terme, nous aurons ainsi deux types d’offres disponibles : un service global, d’une part, pour les clients qui ont besoin d’une présence mondiale, qui sera assurée à partir des data centers situés aux Etats-Unis et, d’autre part, un service local, par exemple pour une entreprise allemande qui veut une équipe en Allemagne, un réseau ou un data center allemands, etc. Dans le premier cas, on sera en concurrence avec des géants comme Amazon Web et Google, dans le second, on sera face à des acteurs locaux. Les prestations et les prix seront dfférents.

Est-ce pour financer ce déploiement que vous avez fait entrer deux fonds au capital d’OVH, jusque-là contrôlé à 100% par votre famille ?

Oui. OVH s’est développé principalement par autofinancement, car nous avons été rentables dès le début. Mais pour accélérer à l’international, il nous fallait changer d’approche. Et nous avons choisi de faire entrer deux fonds, les Américains KKR et TowerBrook, qui nous ont apporté 250 millions d’euros.

Vos besoins de financement vont croître avec la mondialisation du groupe. Est-ce que vous pensez désormais à une possible introduction en Bourse ?

Quand on fait entrer des investisseurs au capital, se pose assez vite la question de savoir comment leur permettre de sortir. Donc, l’introduction en Bourse d’OVH apparaît comme une suite logique. D’autant qu’en effet nous aurons besoin à nouveau de financements pour nous développer en Chine et en Russie notamment. A quel moment précis on le fera, on verra bien. Aujourd’hui, notre priorité est de tout mettre en œuvre pour réaliser notre objectif de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2020.

Aux Etats-Unis, vous allez vous retrouver face à Amazon Web, Microsoft, Google et IBM. Quel est l’atout qui peut vous permettre de vous développer ?

Le marché américain est juste gigantesque. Avec des besoins qui ne sont pas encore couverts par les grands acteurs locaux, tandis que nous sommes les seuls à offrir une gamme de services complète des dfférents clouds, public, privé et dédié. En gros, les Américains proposent un service qui implique que les clients doivent réécrire toutes leurs applications pour passer sur le cloud. Chez nous, les clients n’ont rien à faire, la migration est à la fois hypersimple, rapide, sécurisée, et nous avons des prix hypercompétitifs. C’est un message que les grandes entreprises adorent.

A l’inverse, Amazon Web va s’implanter en France. Redoutez-vous une guerre des prix ?

Pas du tout. Car notre technologie maison nous permet de réduire les coûts et d’avoir une offre moins chère. La consommation électrique de nos serveurs est ainsi 30% inférieure à celle de nos concurrents grâce à un système de refroidissement liquide mis au point en interne. Or l’énergie est le premier poste de dépense des data centers. Et nous répercutons cette baisse de coûts aux clients.

La consommation électrique des centaines de milliers de serveurs d’OVH est inférieure de 30% à celle de la concurrence. ©SP

Vous aurez bientôt des data centers dans plus d’une quinzaine de pays. Cela a-t-il un sens de conserver votre siège à Roubaix ?

Non seulement notre siège va rester à Roubaix, mais nous allons continuer à nous y développer et à embaucher. Toutes les deux semaines en ce moment, nous avons 30 nouveaux collaborateurs qui nous rejoignent. Nous venons de créer un campus et une école interne où la plupart des arrivants reçoivent une formation pointue qui dure trois mois. On a du mal à recruter tous les ingénieurs développeurs, chefs de projet, spécialistes de l’ingénierie réseau dont nous avons besoin. Nous venons d’ailleurs de créer un poste à Roubaix pour gérer nos contacts avec les écoles d’ingénieurs locales et donner notre feedback sur les cursus.

Que pensez-vous du rôle de la région en matière de numérique. Fait-elle des efforts pour soutenir ce secteur ?

Ce que l’on voit, c’est que la région est devenue plus attentive à nos besoins. Les relations ont changé depuis l’arrivée de la nouvelle équipe. L’un des enjeux majeurs de l’ensemble du secteur, ce sont les formations et ce que la révolution numérique exige en termes de vitesse d’adaptation. Il y a toujours un décalage entre les proflls disponibles et ceux que les entreprises recherchent. Mais il faut que tout le monde s’adapte, que les administrations deviennent elles aussi plus réactives. C’est l’une des conditions du succès.

*** Patrick Chabert