Le dossier des emplois fictifs du Front national (FN) au Parlement européen n’a pas ébranlé la campagne de Marine Le Pen pour un sou. Sans doute parce que beaucoup de Français ont une vision lointaine de cette instance, qu’ils n’imaginent peut-être pas financer par leurs impôts. À y regarder de plus près, il est pourtant bien question de fonds français dans l’affaire. Prenons notre calculette : dans cette affaire, le Parlement européen estime avoir subi un préjudice de 5 millions d’euros. Or la France contribue à hauteur de 13% du budget européen. Marine Le Pen est donc accusée d’avoir soustrait pas moins de 650.000 euros aux contribuables français !

Certes, ce n’est pas autant que le 1,1 million d’euros que François Fillon et son épouse Pénélope sont soupçonnés d’avoir détourné à l’Assemblée nationale, mais c’est tout de même une sacrée somme. Dans l’affaire du FN, 17 eurodéputés FN sont accusés d’avoir versé des salaires à plusieurs de leurs assistants alors que ces derniers n’auraient assuré aucune mission liée à l’Europe. Parmi eux figurent Marine Le Pen, son père Jean-Marie Le Pen, son conjoint Louis Alliot ou le vice-président du parti Florian Philippot.

Le Parlement européen, sur demande de la justice française, a débuté la semaine dernière les démarches visant à lever l’immunité parlementaire de Marine Le Pen pour l’utilisation frauduleuse de fonds européens. Celle-ci n’interviendra qu’après les élections législatives de juin afin de ne pas perturber le processus démocratique. Selon Le Monde, la décision pourrait arriver dans l’automne et il est très rare que les demandes de levée d’immunité soient rejetées. Cette règle de l’immunité vise surtout à ne pas mettre en danger la vie des députés concernés dans leur pays d’origine.

La candidate du FN a jusqu’à présent fait valoir son immunité parlementaire et refusé de se rendre aux convocations de la police en février et des juges d’instruction en mars, expliquant qu’elle ne souhaitait pas s’exprimer devant les enquêteurs avant les législatives du mois de juin. La justice française a déjà mis en examen deux assistants de Marine Le Pen, dont sa chef de cabinet, Catherine Griset, pour “recel d’abus de confiance”.