Alors que le second tour du scrutin approche désormais à grands pas, Emmanuel Macron apparaît comme le grand favori, avec près de 60% des intentions de vote, contre 40% pour sa rivale, selon les sondages. Pour autant, ces derniers peuvent se tromper, comme on l’a vu lors de l’élection présidentielle américaine et du vote en faveur du Brexit. Selon Laurent Geronimi, directeur gestion de taux à Swiss Life Banque privée, l’accession au pouvoir de Marine Le Pen devrait provoquer de fortes turbulences pour l’économie française dès les premiers mois du mandat.

Dès après l’élection, on peut s’attendre à un bond des taux d’intérêt français, dont l’écart avec ceux des emprunts d’Etat allemands à 10 ans passerait rapidement de 0,5% à 1%. Les taux d’emprunt immobilier des particuliers ne tarderaient pas à suivre. A l’inverse, le CAC40, qui vient d’atteindre des sommets de 9 ans, s’effondrerait, lésant les petits actionnaires et détenteurs d’assurances vie placées en unité de compte. L’onde de choc du vote se propagerait à l’Europe, puis à l’économie et aux marchés mondiaux, accentuant encore plus le marasme ambiant…

La sortie de l’euro, du moins comme monnaie du quotidien, porterait un coup d’arrêt aux échanges avec l’extérieur. “La réintroduction du franc serait suivie par sa forte dépréciation” estime Laurent Géronimi. Certes dans un premier temps, cette évolution pourrait “bénéficier aux entreprises exportatrices (et surtout à celles qui se seraient déjà approvisionnées en matières premières avant le Frexit), car la dévaluation du franc face aux autres devises favoriserait un temps la compétitivité et donc les ventes à l’export”. Toutefois, rapidement, les ménages – en particulier les classes les moins favorisées, l’électorat auquel s’adresse principalement Marine Le Pen – comme les entreprises verraient leur pouvoir d’achat mis à mal du fait de l’inflation importée, la dévaluation du franc renchérissant mécaniquement les produits importés.

Nos créanciers seraient spoliés

La dette publique poserait aussi très vite un problème majeur. “Elle est détenue pour près de moitié par des créanciers étrangers, poursuit Laurent Géronomi. Sa conversion en francs risquerait de fortement les mécontenter”. En effet, avec une monnaie dépréciée, ils seraient spoliés d’une partie de leurs avoirs. D’où un risque de défiance durable vis-à-vis de la France. Comme les investisseurs internationaux bouderaient nos titres d’emprunts d’Etat – on ne nous prêterait plus – et que les entreprises étrangères éviteraient de se développer chez nous, “c’est tout le levier de l’investissement qui disparaîtrait”.

Dans son action, Marine Le Pen serait toutefois largement bridée par nos institutions. A commencer par l’Assemblée nationale. “L’aval de cette dernière est indispensable pour tous les sujets importants, comme le Frexit ou la renégociation des traités européens” explique notre expert. Si la présidente du Front national n’obtient pas de majorité lors des élections législatives, elle pourrait agir par ordonnances, mais en raison d’un contexte social hostile, la situation pourrait vite devenir ingérable. A l’échelle européenne, Marine Le Pen aura aussi bien du mal à convaincre Angela Merkel de réorienter les traités de l’Union en faveur de la France…