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L’heure du choix entre deux France.

6 mai 2017 - ACTUALITE, FRANCE, POLITIQUE
L’heure du choix entre deux France.

Si les sondages donnent tous Emmanuel Macron vainqueur, le scrutin de dimanche reste pourtant ouvert. Le futur président français héritera d’un pays morcelé.

Un ultime renversement présidentiel est-il possible ce dimanche en France? A en croire les sondages, unanimes, la réponse est non. Fort d’intentions de vote en hausse depuis son duel télévisé avec Marine Le Pen, Emmanuel Macron a de très fortes chances de devenir, le 7 mai au soir, le nouveau président de la République française

Si cela survient, le plus incroyable pari politique de la France contemporaine depuis ceux du Général de Gaulle en 1940, puis en 1958, aura été gagné. L’extrême droite n’aura certes jamais été aussi forte dans l’Hexagone, mais elle sortira battue des urnes et ne pourra éviter sa propre recomposition, vu les réserves suscitées dans ses rangs par la déplorable prestation de sa candidate mercredi, sur TF1 et France 2. Une nouvelle page, encore blanche, s’ouvrira au sommet de l’Etat. Avec, de suite, un déluge d’interrogations sur la manière dont le «président Macron» pourra mettre en œuvre ses promesses de réforme et sa vision sociale-libérale du pays. Tout en menant ses troupes à la victoire lors des élections législatives des 11 et 18 juin.

L’abstention, facteur décisif

L’autre option, qu’aucune étude d’opinion n’accrédite, est celle d’une victoire surprise de Marine Le Pen. Ce ne serait pas, alors, un choc, mais un tremblement de terre international, après l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche et le vote en faveur du Brexit au Royaume-Uni. Les médias français, unanimes pour dire depuis mercredi que sa colère et ses mensonges à la télévision l’ont décrédibilisée, seraient définitivement humiliés sur l’autel du divorce entre le peuple français et ses élites.

Possible? Dans un cas seulement: celui d’une très forte abstention, et d’une mobilisation exceptionnelle des électeurs de la droite dure. Ceux du FN bien sûr, ceux de Nicolas Dupont-Aignan, le rallié de l’entre-deux-tours, mais aussi ceux de l’aile la plus conservatrice des Républicains dont la plupart des dirigeants ont explicitement appelé à faire barrage au Front national. Marine Le Pen, avec ses 21,3% du premier tour, a déjà atteint son record historique de voix. Seule une débâcle totale de tout le reste de l’électorat français peut lui permettre de franchir dimanche la barre des 50% et lui ouvrir la porte de l’Elysée. Les risques économiques et financiers seraient alors immédiats.

Le vote incertain des «Insoumis»

Une telle débâcle électorale est très hypothétique. Les sondages montrent une poussée probable de l’abstention durant ce long week-end du 8 mai – la commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale verra, dès lundi, le président élu arpenter les Champs-Elysées avec François Hollande – mais ils n’annoncent pas de désastre.

Le principal point d’interrogation porte sur le comportement des électeurs de la gauche radicale qui ont porté au premier tour le candidat de La France insoumise à 19,58% des suffrages. Jean-Luc Mélenchon a, dès le début, appelé à barrer la route à l’extrême droite. Mais il n’a jamais dit qu’il votera Macron, et ses sympathisants se sont engouffrés dans cette ambiguïté. Plus de 60% d’entre eux, consultés sur internet, ont affirmé envisager de voter blanc ou de s’abstenir. Ils ne seraient que 12% à envisager de voter FN.

Risque de fractures multiples

La grande question du second tour sera donc celle de l’adhésion. Environ 50% des électeurs français prêts à voter pour Emmanuel Macron disent le faire sans adhérer à son programme ou à sa personne. C’est énorme. Aussi fantastique soit-elle, la victoire de l’ancien conseiller de François Hollande pourrait dès lors être celle d’un président par défaut, à la tête d’un pays plus fracturé que jamais. Attention néanmoins: un premier sondage indiquait vendredi qu’En marche! pourrait obtenir la majorité lors des législatives des 11 et 18 juin. La brèche présidentielle de dimanche pourrait fort bien être suivie d’autres secousses.

***Richard Werly

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