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Quand les mannequins osent parler

26 mai 2017 - MANAGEMENT, MEDIAS, MODE, PEOPLE, SOCIAL, SOCIETE
Quand les mannequins osent parler

L’incident est passé inaperçu dans le grand public mais n’a pas échappé au milieu de la mode. Jeudi 18 mai, la mannequin danoise Ulrikke Hoyer a longuement expliqué sur son compte Facebook qu’après avoir été choisie pour le défilé Cruise de Louis Vuitton à Kyoto, elle a eu la mauvaise surprise, en arrivant à Tokyo, d’apprendre qu’elle n’était plus retenue pour le show. L’essayage n’avait pas été concluant, ce qu’elle veut bien comprendre. Mais elle estime que la directrice de casting et son assistante ne l’ont pas correctement traitée.

La seconde, en particulier, après lui avoir reproché un « ventre gonflé», lui aurait demandé de « ne plus boire que de l’eau pendant 24 heures », avant d’annuler son engagement quelques heures plus tard, sans prendre la peine de le lui signifier elle-même. Directrice de casting et assistante jugent que leurs remarques ont été sorties de leur contexte et que les vêtements ne tombaient plus correctement au dernier essayage, alors qu’elles ne pouvaient faire les retouches sur place.

L’événement est malheureusement banal et les fautes difficiles à prouver. Mais il y a quelque chose d’inédit dans cette histoire: pour la première fois, une mannequin prend le risque de dénoncer la maltraitance dont elle pense avoir été victime. Dans une profession jusque-là régentée par le « sois belle et tais toi », c’est suffisamment osé pour être souligné. Il a fallu du cran et beaucoup d’exaspération à la jeune Danoise pour s’opposer de manière aussi frontale à l’un des plus puissants clients du milieu. Un défilé Vuitton est une sorte de Graal pour la plupart de ses consoeurs.

Le message d’Ulrikke Hoyer n’a pas de précédent. Mais il m’a rappelé le témoignage de James Scully, un directeur de casting américain reconnu qui, en mars dernier, a dénoncé les pratiques abusives et illégales de certains professionnels du secteur de la mode. Et Shit Model Management, un compte Instagram qui se moque avec un humour acide des excès d’une industrie sans foi ni loi. Ou l’engagement de Sara Ziff, une ancienne mannequin américaine qui se bat pour mieux protéger les modèles. Ces initiatives prouvent que la parole, jusque-là verrouillée, se libère peu à peu.

Il était temps. Comme me l’a révélé une mannequin française qui a accepté de témoigner anonymement auprès de L’Express Styles sur ses conditions de travail, entre statut juridique flou, protection sociale inexistante et en l’absence de syndicat français, les conditions sont réunies pour que les mannequins soient maintenues dans un état de précarité les obligeant au silence. Pour une Gigi Haddid au sommet de la gloire, combien d’Ulrikke Hoyer traitées sans égard ?

Les réseaux sociaux permettent de rompre l’omerta. Les conséquences peuvent être lourdes pour celles qui parlent, mais elles prennent conscience qu’elles seules peuvent vraiment faire changer les choses. Personne ne pourra mieux qu’elles faire évoluer les mentalités, pas même l’Etat français qui, avec sa récente « loi mannequin » leur imposant bientôt un certificat médical pour pouvoir travailler, croit bien faire mais n’évitera pas les signatures de complaisance.

Sur Instagram, Twitter ou Facebook, elles s’expriment d’autant plus qu’elles se savent soutenues par le public, qui ne comprend pas pourquoi on lui impose à longueur de journée, dans la publicité et les médias, des filles prépubères taille 34 aux visages éteints.

A L’Express Styles, nous jugeons tout aussi inacceptable l’archétype du mannequin maladif. Mais nous savons aussi le pouvoir des réseaux sociaux, qui nourrissent parfois l’indignation sans que l’on sache qui a tort et qui a raison. Miroir de nos rêves et cheville ouvrière d’un secteur ô combien exigeant, ces jeunes femmes méritent mieux. Voilà pourquoi nous n’avons pas fini de vous conter leur(s) histoire(s), en leur donnant la parole ou en mettant en avant des personnalités atypiques qui font bouger les lignes.

*** Geraldine

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