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Greenpeace en procès contre Résolu : l’ONG écolo en danger ?

3 juin 2017 - ACTUALITE, CLIMAT, CULTURE, ECOLOGIE, ENERGIE, ENVIRONNEMENT, INTERNATIONAL, JUSTICE, MONDE, SOCIETE
Greenpeace en procès contre Résolu : l’ONG écolo en danger ?

Attaquée en justice de manière disproportionnée par le papetier canadien Résolu, l’ONG est au cœur d’un incroyable feuilleton judiciaire où il est question de forêts et d’enjeux commerciaux mais aussi de liberté d’expression. Entretien avec Clément Sénéchal, chargé de campagne chez Greenpeace France.

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300 millions de dollars canadiens (soit près de 200 millions d’euros), c’est le montant astronomique réclamé à Greenpeace par Résolu, géant canadien de l’exploitation forestière. Du jamais vu dans l’histoire de l’ONG, et un exemple emblématique de ces « poursuites bâillon » qui se multiplient partout à travers le monde, au Canada, aux Etats-Unis comme en France. But de ces poursuites judiciaires lancées par les entreprises et dans le cas présent avec le cabinet Kasowitz Benson & Torres, qui défend aussi les intérêts de Donald Trump ? Bâillonner, réduire au silence ONG, avocats, mais aussi lanceurs d’alerte, journalistes, chercheurs, voire simples citoyens. Entretien avec Clément Sénéchal, chargé de campagne chez Greenpeace France.

Greenpeace a l’habitude des procès. Qu’est-ce que cette poursuite a de particulier ?

Il y a d’abord l’ampleur extravagante, hors norme, des sommes réclamées, à l’occasion de deux procédures lancées par Résolu : l’une, intentée au Canada, réclame 7 millions de dollars canadiens ; la seconde, aux Etats-Unis, demande 300 millions de dollars. Ce qui démontre que Résolu ne conteste pas tel ou tel fait mais souhaite tout simplement que Greenpeace mette la clé sous la porte.

La seconde « particularité » tient au cadre législatif américain utilisé contre notre ONG : les lois RICO, un dispositif qui a été mis en place dans les années 70, aux Etats-Unis, pour lutter contre le crime organisé, contre la mafia. Pour Résolu, Greenpeace est une activité criminelle. Et c’est l’ensemble de nos campagnes depuis 45 ans qui est visé. C’est une stratégie totalement inédite. Certes il nous arrive régulièrement d’être poursuivis sur des faits précis – une dégradation de matériel, une intrusion sur un lieu donné, une allégation ou une formulation qui donne lieu à diffamation. Mais nous n’avons jamais été visés pour l’ensemble de nos activités, notre manière de faire campagne, la prétention à le faire.

Qu’est ce qui a mené à cet affrontement avec Résolu ?

Précisons d’abord qu’il s’agit d’une entreprise d’exploitation forestière, multimilliardaire, la plus importante du Canada, et un des leaders du secteur aux USA. C’est aussi un des premiers fabricants de papier destiné à la presse, et l’un des principaux fournisseurs de pâte à papier de l’édition. Nous n’avons pas toujours été dans des termes conflictuels avec eux : dans les années 2010, Greenpeace et d’autres ONG ont travaillé main dans la main avec Résolu, ainsi que d’autres entreprises du secteur forestier, pour établir le Canadian Boreal Forest Agreement (CBFA), une entente qui avait pour objectif de protéger la forêt boréale canadienne. Mais trois ans plus tard, à peine 4 % des hectares censés être protégés l’étaient effectivement par Résolu. Les ONG parties prenantes de l’Entente se sont rendu compte que la grande majorité des engagements de Résolu n’étaient pas tenus. Résultat, Greenpeace et les autres ONG se sont retirés de l’accord, ou ont cessé leurs relations de travail avec Résolu.

*** Weronika Zarachowicz

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