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Les astuces des commerçants pour se faire du cash.

15 juin 2017 - ACTUALITE, ECONOMIE, FRANCE, SOCIETE
Les astuces des commerçants pour se faire du cash.

D’un secteur à l’autre, les boutiquiers ne roulent pas le fisc de la même manière. Revue de leurs techniques.

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A 20 kilomètres d’ici, « vous pouvez acheter une voiture neuve en liquide tout à fait légalement ! », peste ce concessionnaire de Forbach, à deux pas de la frontière allemande. Lui ne peut jouer à ce jeu-là, car, dans notre pays, les paiements en cash sont limités à 1.000 euros. Du coup, il doit parfois oublier la loi pour ne pas rater une vente. Ah, les espèces… Entre elles et les commerçants, c’est presque une histoire d’amour. “Encore heureux que certains de mes clients continuent de me régler comme ça, autrement je mettrais la clé sous la porte”, témoigne un charcutier traiteur parisien, qui se dit “écrasé de charges”. Comme des milliers de boutiquiers, il use d’une panoplie de petites combines pour inciter les acheteurs à sortir les billets et dissimuler une partie de ses recettes au fisc. En voici quelques unes, parmi les plus utilisées dans nos commerces…

La ristourne : la plupart des clients s’y laissent prendre

“Si vous payez comme ça, je vous fais 10%. Et je vous offre une cravate…” Chez ce petit tailleur de quartier, on sait recevoir le chaland qui propose des espèces. Alors que, selon la Banque de France, seulement 15% des achats de plus de 30 euros se font en liquide, sa technique est à la fois très classique et très efficace. En général, les ristournes proposées vont de 10 à 20% du prix de la vente, mais elles peuvent tout aussi bien être effectuées en nature. Les garagistes offrent des balais d’essuie-glace, les marchands de motos un casque, et les parfumeurs un gros paquet d’échantillons.

Durant notre enquête, une agence de voyages low-cost a accepté de nous offrir les frais de dossier (30 euros par voyageur) en échange d’un paiement en espèces, toujours bon à prendre. “A l’heure où tout peut se faire en ligne, certains voyagistes conservent des agences en ville notamment pour toucher une cible qui ne veut payer qu’en liquide”, décrypte un inspecteur des impôts.

Le circuit court : sans intermédiaire, la fraude est plus facile…

Dans les commerces de bouche, le coup du “circuit court” est la dernière mode en matière de recherche d’argent liquide. Selon le ministère de l’Agriculture, 21% des paysans vendent déjà leurs produits directement aux restaurateurs et aux marchands des quatre saisons de leur région.

Tout le monde y gagne, car les agriculteurs vendent plus cher qu’à leur coopérative, et les commerçants achètent meilleur marché qu’à leur grossiste habituel. Et en prime, tout passe de la main à la main, à l’abri des inspecteurs du fisc. Sur les marchés du dimanche matin, où les paiements se font à 100% au moyen d’argent liquide, ce phénomène prend de plus en plus d’ampleur. “Le circuit court est devenu un argument de vente, précise un inspecteur des impôts. Les produits sont même parfois vendus plus cher, alors qu’en plus ils ne sont pas déclarés !”

La caisse truquée : elle permet de faire disparaître le cash

Pour effacer les ventes en cash de leur comptabilité, de nombreux restaurateurs ou marchands ont recours à des logiciels “permissifs”. Introduits dans la caisse enregistreuse, ils permettent de dissimuler ce qui doit l’être en quelques clics et de réajuster les comptes en conséquence. Ces petites merveilles, nichées dans des clés USB, se négocient sous le manteau à 500 euros. Le plus souvent par l’entremise d’informaticiens qui ont travaillé chez les éditeurs de logiciels. Selon l’Acédise (l’Association des constructeurs, éditeurs, distributeurs, installateurs de systèmes d’encaissement), cette arnaque à la caisse truquée engendrerait à elle seule plusieurs milliards d’euros de manque à gagner pour le fic.

En théorie, elle ne sera plus possible à partir du 1er janvier 2018, date à laquelle les 500.000 commerçants assujettis à la TVA devront être équipés d’un logiciel de caisse sécurisé et inaltérable. Un investissement important pour les plus petites échoppes, car la mise à jour d’un logiciel coûte de 190 à 290 euros et une caisse enregistreuse certifiée est vendue plus de 1.500 euros. Mais, comme toujours, les tricheurs dénicheront une combine. “On ne se fait pas d’illusions : aucun système n’est inviolable, les hackers finiront par trouver la parade…”, reconnaît un limier de Bercy, philosophe.

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Le client étranger : avec lui, pas de problème, il peut tout payer cash

Pour obtenir du liquide, certains commerçants n’hésitent pas à cibler délibérément une clientèle étrangère, qui, elle, a le droit de payer en liquide. L’Etat autorise en effet les non-résidents à régler leurs factures en espèces jusqu’à 15.000 euros. Achat d’espace rédactionnel dans les guides de voyage, publicité dans certains magazines haut de gamme lus à l’étranger… tout est bon pour attirer les riches touristes chinois, qui dépensent en moyenne 3.400 euros lors de leur séjour dans l’Hexagone.

Selon l’Observatoire économique du tourisme parisien, les grands magasins comme les Galeries Lafayette ou le Printemps, qui n’hésitent pas à consacrer des espaces aux acheteurs asiatiques et moyen-orientaux, réalisent près de 40% de leur chiffre d’affaires avec ce segment de clientèle. Même des commerçants de taille plus modeste chouchoutent ces rois du cash. Implanté dans les beaux quartiers, un expert en bijoux anciens que nous avons rencontré a ainsi engagé une vendeuse parlant le mandarin pour faciliter les ventes.

Le stockage secret : chez les antiquaires, la pratique est courante

Escamoter des carottes ou des coupes de cheveux de sa comptabilité, rien de plus simple. Mais faire disparaître des armoires normandes demande un peu plus d’ingéniosité. Pour y parvenir, de nombreux antiquaires n’hésitent pas à louer sous des noms d’emprunt des lieux de stockage secrets pour y entreposer les objets qui ne rentreront jamais dans leur comptabilité. Bien entendu, le loyer de ces cavernes d’Ali Baba est réglé en espèces, le plus souvent à des particuliers qui souhaitent arrondir leurs fins de mois, de sorte que tout le monde y trouve son compte. Tarif moyen : autour de 150 euros pour une surface de 15 mètres carrés.

Les professionnels ont ensuite tout loisir de proposer leurs biens sur des sites Internet comme eBay.fr et surtout Leboncoin.fr, où la plupart des achats se paient de la main à la main, en toute discrétion. Avec cet argent liquide, l’antiquaire peut à son tour acheter des objets chez des particuliers ou sur les sites Internet, et regarnir son lieu de stockage secret en dehors des circuits officiels…

Le crayon à papier : un coup de gomme et le rendez-vous disparaît !

Quand on leur demande pourquoi ils notent leurs rendez-vous au crayon à papier, les coiffeurs, esthéticiens et autres podologues ont une réponse toute prête : “Pour pouvoir les effacer en cas d’annulation !” En réalité, la raison est tout autre : cela permet aux professionnels de faire disparaître d’un coup de gomme les prestations payées en liquide. Et de pouvoir fournir un cahier de rendez -vous arrangé en cas de contrôle.

“Du coup, pour rétablir le vrai nombre de coupes réalisées par les coiffeurs, nous devons analyser la consommation d’eau, c’est très compliqué”, observe un agent du fisc. Un peu tiré par les cheveux, en effet.

Ces combines peuvent rapporter gros aux patrons de bistrot

Petit noir au noir

Les patrons de bar oublient souvent de taper à la caisse les cafés servis au comptoir, tous payés en liquide. Surtout lorsqu’ils proviennent de paquets offerts par les fournisseurs…

Alcool non déclaré

Les centrales d’achats étant surveillées, certains restaurateurs se fournissent avec du cash au supermarché. Une bouteille anisée à 18 euros peut en rapporter 200, à la barbe du fisc.

CB en panne

Simple et efficace. Pour être sûrs d’être payés en espèces, certains restaurateurs usent régulièrement de cette vieille astuce. En précisant, bien sûr, qu’ils n’acceptent pas les chèques…

Sandwichs à emporter

Avec sa caisse noire, le patron achète les baguettes, le jambon et les terrines. Revendu 7 ou 8 fois son prix, le sandwich payé en liquide n’est jamais déclaré.

Serviettes en papier

Comme elles ne donnent lieu à aucune note de pressing, les limiers du fisc ne peuvent pas s’en servir pour établir le vrai nombre de couverts servis.

Les autres astuces des commerçants

Le paiement fractionné

Yanina Sandobal / EyeEm/Getty Images

Pour tourner l’interdiction de payer plus de 1.000 euros en cash, il suffit de fractionner la note. Un agent de voyages nous a ainsi proposé de scinder en six celle d’un séjour aux Maldives à 5.500 euros.

Le double carnet à souches

Pour égarer les contrôleurs du fisc, certains pressings ou retoucheurs de vêtements utilisent deux carnets à souches : l’un recense les travaux officiels, l’autre les non-déclarés.

Les commerces qui se font payer le plus au noir

***Bruno Godard
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