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Le chat, grand voyageur dans les pas des humains. (vidéo)

20 juin 2017 - CULTURE, FRANCE, SCIENCE, SOCIETE
Le chat, grand voyageur dans les pas des humains. (vidéo)

Avant de devenir les stars d’Internet, les chats ont parcouru un long chemin aux côtés des humains. Une étude paléo-génétique retrace leur parcours, des fermes à nos canapés douillets.

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Comment le chat a-t-il pu conquérir le monde? Il n’était pas seul, répond une équipe internationale aujourd’hui dans Nature Ecology & Evolution, sur la base d’une solide analyse paléo-génétique de l’animal. Il se serait rapproché des premiers agriculteurs avant d’accompagner les humains dans leurs pérégrinations terrestres et maritimes.

La plus ancienne relation connue entre le chat et l’homme remonte à près de 9500 ans, sur l’île de Chypre: une sépulture qui renfermait le corps d’un enfant et celui d’un chat. On sait également que le chat faisait partie de la vie quotidienne dans l’Egypte antique. Comment le chat domestique s’est-il répandu en Europe, en Asie et en Afrique ?

Intérêts convergents

Depuis 2007, les scientifiques considèrent qu’il existe cinq types de chats sauvages, des sous-espèces de Felis silvestris: F. silvestris silvestris en Europe; F. silvestris lybica dans le nord et le centre du continent africain, ainsi qu’au Proche-Orient et en Mésopotamie; F. silvestris cafra au sud de l’Afrique; F. silvestris ornata en Asie centrale et dans une partie de l’Inde; et F. silvestris bletti, dans le nord-ouest de la Chine et au Tibet.

Cette diversité génétique ne se retrouve pas chez les chats domestiques: tous sont issus de la lignée lybica. «La relation qui s’est forgée entre l’homme et le chat remonte très probablement à l’invention de l’agriculture en Mésopotamie, avance Eva-Maria Geigl, de l’Institut Jacques Monod (Paris), principale auteure de l’étude qui paraît aujourd’hui. L’agriculture a conduit les hommes à stocker du grain, attirant toutes sortes de pestes, notamment les rongeurs. Le chat a sans doute appris à tolérer la présence humaine pour disposer de ces proies abondantes. Et les agriculteurs ont vite compris le bénéfice qu’ils pourraient en tirer, pour tenir à l’écart des animaux nuisibles ou dangereux, comme les rongeurs et les serpents.» Et c’est probablement ainsi, liés par un intérêt commun, que le chat et l’homme sont devenus si proches.

Pour construire son récit historique, le groupe d’Eva-Maria Geigl a étudié l’ADN mitochondrial, transmis par la mère. «C’est un bon marqueur pour les migrations de population. De plus, cet ADN est beaucoup plus abondant que celui du noyau cellulaire: on en trouve parfois des centaines de copies au sein de chaque cellule. Comme ces études portent sur de l’ADN ancien et endommagé, cela multiplie les chances d’avoir un résultat.» Le groupe a ainsi étudié plus de 400 échantillons d’ADN de chats anciens, sauvages et domestiques, dont le plus vieux remonte à 9500 ans. «Seuls 209 échantillons étaient assez bien conservés pour donner des résultats.» D’autres analyses ont porté sur 16 chats modernes.

Chats-matelots

Les chercheurs ne sont pas partis de rien. «Nous savions qu’il fallait d’abord regarder en Egypte et au Proche-Orient», souligne Eva-Maria Geigl. Ainsi Win Van Neer, de l’Université de Louvain, et coauteur de l’étude publiée aujourd’hui, avait-il étudié les restes d’un chat remontant à la période pré-dynastique égyptienne, vers 3700 ans avant notre ère. «Il a établi, en 2007, qu’il s’agissait d’un chat vivant en captivité, probablement domestique.» Rien ne permet de savoir si ce chat avait des origines mésopotamiennes, ou s’il s’agissait d’un sous-type local de lybica. «En revanche, le chat retrouvé à Chypre n’est pas arrivé tout seul sur l’île», insiste Eva-Maria Geigl. Tout comme les lybica retrouvés dans des sépultures néolithiques bulgares et roumaines n’ont pu traverser le Bosphore, et pour cause: les chats ne nagent pas.

Ils ont sans doute embarqué comme passagers clandestins à bord de navires infestés de rats pour faire bombance. «C’est ainsi qu’on a retrouvé des restes d’un chat sauvage originaire d’Inde dans un port romain de la mer Rouge, justifie Eva-Maria Geigl. Or les archéologues nous apprennent que ce port faisait du commerce avec l’Inde.» Puis, les marins ont vraisemblablement adopté le chat comme arme contre les rongeurs, qui dévoraient aussi les cordages, au point de menacer les embarcations mêmes. C’est d’ailleurs pour cela que, aujourd’hui encore, des marins superstitieux ne parlent jamais de lapin mais d’animaux à grandes oreilles! «Je ne sais pas s’il avait mangé du lapin, mais des restes d’un lybica ont été retrouvés dans l’ancien port viking de Ralswiek, au bord de la mer Baltique. Les chats ont accompagné les marins de commerce et les guerriers.»

Les chercheurs ont fait une autre découverte clé: «Avant le XIIIe siècle, tous les échantillons correspondent à des chats tigrés.» Ce n’est qu’après qu’on voit apparaître des chats au pelage marbré, pourtant si fréquents aujourd’hui. La différence entre les deux ne tient qu’à un seul gène! Pour Eva-Maria Geigl, cela semble indiquer que la domestication s’est faite sur des bases de tempérament, et non sur des critères esthétiques. «F. silvestris lybica est moins agressif que les autres chats sauvages, et notamment que l’européen F. silvestris silvestris. C’est sans doute pour cela que c’est le seul à avoir été domestiqué.»

***Le Temps
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